Site Ménestrel

Médiévistes sur le net : sources, travaux et références en ligne

Navigation par mot-clé
Accueil > Lieux et acteurs > Brésil

Brésil

  • Présentation de la rubrique Brésil

    Marcelo CÂNDIDO DA SILVA, 5 novembre 2019 | 14 novembre 2019

    Cette rubrique est l’œuvre de plusieurs chercheurs brésiliens, Néri de Barros Almeida, Igor Teixeira, Renato Boy, Thiago Ribeiro, Victor Sobreira, Vinicius Marino, Marina Sanchez, José Fonseca, Marcelo Cândido da Silva et aussi d’Adrien Bayard, qui pendant son séjour postdoctoral au Brésil est devenu un membre actif de la communauté brésilienne de médiévistes. Nous avons conçu cette rubrique sans la prétention de l’exhaustivité. Et nous comptons aussi la mettre à jour très prochainement.


    Haut de page
  • Étudier le Moyen Âge au Brésil

    Marcelo CÂNDIDO DA SILVA, Néri DE BARROS ALMEIDA, 5 novembre 2019 | 14 novembre 2019

    La première thèse en Histoire Médiévale au Brésil a été soutenue en 1942, à l’Universidade de São Paulo (USP), mais ce n’est que dans les années 1990 qu’on a assisté à la constitution d’une vraie “communauté d’historiens médiévistes”. Il n’était pas rare jusqu’alors que les chaires d’histoire médiévale dans l’enseignement supérieur public fussent occupées par des spécialistes d’histoire ancienne ou des théories de l’histoire. La création, en 1996, de l’Associação Brasileira de Estudos Medievais (ABREM), qui rassemble des chercheurs, des enseignants et des étudiants en histoire, droit, littérature et philosophie médiévales, constitue une étape essentielle de cette évolution. Il faut mentionner aussi la création de Signum, la revue officielle de l’ABREM, qui est la plus ancienne publication brésilienne tournée vers les études médiévales et l’un des témoins les plus remarquables des échanges entre les spécialistes du Moyen Âge. L’accroissement du nombre de médiévistes dans les universités publiques ne s’est pas limité à l’axe Rio de Janeiro - São Paulo, qui concentrait jusqu’aux années 1990 la quasi-totalité des médiévistes brésiliens. Des laboratoires et des centres de recherche ont été créés dans des universités situées dans toutes les régions du Brésil. La multiplication du nombre de médiévistes s’est accompagnée, ces dernières années, d’une plus grande spécialisation. L’organisation de colloques portant sur des thématiques précises s’est peu à peu substituée aux colloques généraux qui prédominaient jusqu’alors. Le contact avec des institutions et des centres de recherche à l’étranger s’est renforcé, avec l’établissement de partenariats avec des universités et des centres de recherche en France, en Allemagne, en Angleterre, en Belgique, aux États-Unis, au Canada et en Australie. Par ailleurs, avec l’augmentation du nombre de postes dans les universités publiques entre 2004 et 2014, une nouvelle génération d’historiens médiévistes a vu le jour : cette génération s’intéresse à des espaces qui étaient jusqu’à présent peu ou pas étudiés (Allemagne, Afrique, Italie, Irlande, Islande) et travaille sur des sujets nouveaux dans le paysage de la médiévistique brésilienne (la justice, le règlement de conflits, la construction des identités, l’économie rurale, la pauvreté, les pouvoirs locaux, le rôle social des ordres religieux, l’autorité et les formes d’écriture et de lecture, la rhétorique des textes, etc.). Ces transformations n’ont été possibles que dans le cadre de l’essor et de l’expansion de l’enseignement supérieur public. Rien qu’en histoire médiévale, 33 postes ont été pourvus au Brésil entre 2004 et 2014 (certains de ces postes étaient intitulés “Histoire Ancienne et Médiévale”, mais ce nombre ne concerne que les postes occupés par des médiévistes). Les sommes octroyées à la recherche de la part des agences publiques de financement (CAPES, CNPq, FAPESP) et des universités elles-mêmes ont été considérablement augmentées jusqu’au début des années 2010, ce qui a permis l’organisation de colloques, une mobilité continue de chercheurs et d’élèves dans le pays et à l’étranger, aussi bien que le renouvellement et l’enrichissement des fonds bibliographiques des bibliothèques universitaires. D’un autre côté, la crise économique qui a atteint de plein fouet le pays à partir de 2014 a diminué considérablement le budget de la recherche, le nombre de bourses d’études etc. Il y a une période d’incertitude qui s’ouvre devant nous et qui nous force à réévaluer nos stratégies de formation et d’internationalisation.

    Le premier grand débat autour des études médiévales au Brésil a eu lieu en 1961 pendant la Première Rencontre d’Enseignants d’Histoire de l’Enseignement Supérieur, organisée à la Faculdade de Filosofia, Ciências e Letras de Marilia, à l’intérieur de l’état de São Paulo. Dans cette rencontre qui est à l’origine de l’Associação Nacional de História (ANPUH) on discuta notamment de la séparation des chaires d’histoire ancienne et d’histoire médiévale, et de la vocation des études médiévales au Brésil, perçues comme une sorte de « préambule » à l’histoire du Nouveau Monde. Les débats furent coordonnés par Eurípedes Simões de Paula, Professeur à l’USP, qui avait soutenu, en 1942, la première thèse de doctorat en histoire, au Brésil. Rapporteur de la table ronde, Simões de Paula put compter sur le soutien de Michel Mollat qui défendit la thèse des « survivances médiévales en Europe et en Amérique ». Une vingtaine d’historiens, pas seulement de médiévistes, participèrent aux débats qui tournèrent autour des limites et des possibilités de la recherche et de l’enseignement d’histoire au Brésil. À l’unisson, ils soutenaient la spécialisation comme moyen de promouvoir le progrès scientifique du pays, mais demeuraient partagés quant au genre d’enseignement qui devrait être délivré aux étudiants d’histoire. Pour beaucoup, le professeur devrait être un chercheur spécialisé dont la fonction principale était l’actualisation des connaissances des étudiants, qui diffusaient ensuite dans les écoles les contenus appris à l’université.

    Le groupe réuni à Marilia lança aussi une réflexion sur les études doctorales en histoire. En ce sens, en rappelant les difficultés pour la formation des médiévistes au Brésil, Simões de Paula intervint et, une fois encore avec l’aide de Michel Mollat qui fut surpris de la présence à Marilia des Monumenta Germaniae Historica en microfiches ; soutint l’idée que, dans un pays distant des fonds d’archives, la spécialisation était difficile mais pas impossible grâce aux sources éditées. Cependant, cette idée ne fut pas suivie d’effet : ni le gouvernement, ni les universités n’engagèrent un véritable effort pour financer la mobilité des étudiants et des chercheurs ou encore l’augmentation des fonds documentaires et scientifiques des bibliothèques. En 1961, toutes les attentions se tournèrent vers la formation d’enseignants pour les écoles primaires et secondaires. La formation des chercheurs pour l’université n’était pas une priorité. Même en ce qui concerne la formation des enseignants, l’impact fut très limité dans la mesure où les médiévistes brésiliens présents étaient presque tous issus de la ville de São Paulo. Cependant, le Moyen Âge fut indirectement valorisé par le consensus autour de l’idée selon laquelle la recherche publique menée à l’université était la base de la formation des historiens recrutés comme enseignants dans les écoles primaires et secondaires.

    La recherche en histoire médiévale au Brésil connut une nouvelle étape marquante avec l’apparition d’une politique nationale de science et technologie entre 1960 et 1990. Ces trois décennies virent notamment se consolider, malgré les aléas économiques et politiques, les agences de financement de la recherche aussi bien qu’un système national de “pós-graduação” comprenant des études de Master et de Doctorat. À la fin des années 1980, l’histoire médiévale était enseignée dans les cours de Licence dans tout le pays, même si en dehors de l’axe des universités publiques de Rio de Janeiro et São Paulo, il était rare que ces cours soient assurés par des spécialistes. Finalement, ce sont les écoles doctorales qui contribuèrent le plus à l’affirmation des études médiévales : c’est dans leur sein que se constituèrent les premiers centres de recherche (le Programa de Estudos Medievais de l’Universidade Federal do Rio de Janeiro et le Scriptorium, de l’Universidade Federal Fluminense) et que vit le jour une véritable discipline d’histoire du Moyen Age enseignée par des médiévistes. Cette conjonction d’éléments renforça considérablement la médiévistique brésilienne à la fin des années 1990, à travers l’augmentation du nombre de chercheurs, la diversité des sujets traités ou encore la mise en place de réseaux de recherche. Cependant, il serait erroné de considérer que la production académique jusqu’à la fin des années 1990 était anecdotique, aussi bien du point de vue quantitatif que du point de vue qualitatif. Le scénario après 1990 a été néanmoins plus favorable au travail en réseau, aux échanges nationaux et internationaux et aux opportunités de perfectionnement de chercheurs.

    La « Nouvelle Histoire » a profondément marqué les études d’histoire au Brésil. Les relations académiques entre le Brésil et la France aident à comprendre l’immense succès de cette « école ». Tout d’abord, par le biais de Fernand Braudel, qui a participé à la mission d’historiens français ayant pris part à la création de l’USP, et qui a maintenu des contacts suivis avec celle-ci, et ensuite par celui de Jacques Le Goff, dont l’influence fut plus importante, notamment en ce qui concerne la trajectoire des médiévistes qui ont été les pionnières dans l’introduction de la Nouvelle Histoire au Brésil, Vânia Leite Fróes, de l’Universidade Federal Fluminense, et Maria Eurydice de Barros Ribeiro, de l’Universidade de Brasília. La Nouvelle Histoire a contribué à accroître l’intérêt pour le Moyen Âge, aussi bien dans les milieux universitaires qu’en dehors de celui-ci. Elle a aidé à dissiper l’image d’un certain conservatisme méthodologique généralement associé aux études médiévales au Brésil, tout en favorisant l’intégration des études médiévales dans le cadre plus large des recherches en histoire.

    Cette évolution suppose aussi de prendre en compte le contexte de la fin de la dictature militaire (1964-1985) : l’historiographie médiévale était porteuse, en effet, d’un discours d’innovation qui a été très bien reçu par ceux qui attendaient une plus grande liberté de pensée et de méthode. Très critique à l’égard de l’histoire des grands personnages, elle portait un intérêt particulier aux mécanismes de participation collective et plaçait le quotidien et l’homme commun au centre de la narrative historique. Les études sur les liens de pouvoir ne se contentaient plus du simple constat sur les rapports inégaux entre les dominants et les dominés. L’adhésion à la Nouvelle Histoire politique était ainsi l’aboutissement d’une volonté de faire de l’histoire politique autrement. L’historiographie brésilienne dans son ensemble a bu à la même source, notamment à partir des années 1980. Aujourd’hui, ses fruits, en ce qui concerne le Moyen Âge, s’appuient sur des circonstances nouvelles créées par l’institutionnalisation et par la multiplication des réseaux de recherche.


    Haut de page
  • Nouveaux axes de recherche, nouveaux objets - Archéologie médiévale

    Adrien BAYARD, 5 novembre 2019 | 14 novembre 2019

    Depuis le début des années 2000 les études médiévales brésiliennes ont connu une augmentation considérable, avec un accroissement sans précédent du nombre d’étudiants, d’enseignants et de chercheurs, résultant d’une réelle politique d’investissement dans l’enseignement supérieur public. Ainsi, de nombreux enseignements spécialisés sur la période médiévale ont été créés et de nouvelles universités bâties. Cette expansion de la médiévistique brésilienne s’est également traduite par un profond renouvellement des thématiques de recherche, mais surtout par un travail en réseau des chercheurs, la multiplication des relations internationales, ainsi que l’émergence de laboratoires de recherche regroupant les médiévistes travaillant dans différentes institutions et cela sur plusieurs états. Le LEME (Laboratório de Estudos Medievais) est emblématique de ce phénomène. Ce laboratoire créé en mai 2005 à partir du centre de recherche de l’Université de São Paulo (USP) et de celui de l’Université d’État de Campinas (UNICAMP) s’est élargi avec l’adjonction de six nouveaux noyaux provenant des Universités fédérales de Goiás (UFG), de São Paulo (UNIFESP), du Minas Gerais (UFMG), du Triângulo Mineiro (UFTM), des Vales do Jequitinhonha et Mucuri (UFVJM), ainsi que celle de la Fronteira Sul (UFFS - Santa Catarina).

    Cette croissance des études médiévales s’est accompagnée d’une évolution des axes de recherches, mais également de l’apparition de nouveaux objets tant sur un plan chronologique, que géographique. Ainsi, plusieurs centres de recherches se sont spécialisés dans l’étude des sociétés de l’Europe occidentale et de l’Orient méditerranéen entre le IVe et le XIe siècle. De même, des thèses de doctorat ont été lancées et soutenues sur des espaces peu ou pas traités comme l’Empire, la Scandinavie ou le Nord des Îles britanniques. Ce dynamisme s’est également étendu à des thématiques anciennes, comme les Ordres militaires ou à des champs plus récents comme celui de l’Histoire monde, des jeux d’échelles et des espaces connectés.

    Ces dernières années, les médiévistes brésiliens ont également engagé un véritable aggiornamento méthodologique en multipliant les formations et les rencontres concernant les défis posés par le développement des humanités digitales, en lien avec la « nouvelle érudition ». Au cours de l’année 2018-2019, ont été organisés, notamment par le LEME, plusieurs cycles de conférences et de formations en paléographie et épigraphie, ainsi que sur l’apport du traitement informatisé des données. C’est dans ce contexte d’un intérêt renouvelé pour la documentation médiévale et sa matérialité, que plusieurs étudiants de l’Université de São Paulo (USP) ont entamé leur parcours de recherche en souhaitant croiser les informations issues des textes et de l’archéologie. Il s’agit des premiers médiévistes brésiliens désireux de se spécialiser en archéologie funéraire, en analyse du bâti et en archéozoologie. Ces projets se sont traduits par l’établissement de nouveaux liens entre les universités brésiliennes et françaises (notamment Bordeaux Montaigne) et par la participation de ces étudiants à des chantiers de fouilles programmées en France.


    Haut de page

  • Notes et adresses des liens référencés

rss | Retrouvez Ménestrel sur Twitter | Retrouvez Ménestrel sur Facebook | Plan du site | Derniers articles | Espace privé | Mentions légales | Qui sommes-nous? | ISSN : 2270-8928