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État de la recherche et perspectives

  • Christophe MASSON, 20 janvier 2020 | 4 janvier 2020

    L’ensemble de la rubrique La guerre sur mer a été rédigée par Florian Chamorel (Université de Lausanne).

    Si les études maritimes et celles sur la guerre au Moyen Age sont foisonnantes, le thème de la guerre navale médiévale peut paraître comme un parent pauvre. Il est vrai que ce domaine de recherche s’est particulièrement développé pour l’époque moderne, suite au célèbre ouvrage d’Alfred Mahan The Influence of Sea Power upon History 1660-1783, qui a influencé tant les politiciens et les stratèges militaires que les historiens. Encore actuellement, il suffit de prendre au hasard un volume d’une revue maritime de renom tel que le Mariner’s Mirror ou de la Revue d’histoire maritime pour noter la prépondérance des études des modernistes sur celles des médiévistes.

    Cependant, un grand nombre d’éléments liés au monde marin apparaisse dès le Moyen Âge : Les arsenaux (fin XIe-début XIIe s.), la fonction d’amiral et les offices de l’amirauté (fin XIIe-début XIIIe s.), la constitution de flottes permanentes (XIVe-XVe s.) ou encore l’emploi de l’artillerie à poudre embarquée (fin XIVe-XVe s.). L’étude de la guerre navale médiévale est étroitement liée au reste des études sur la politique maritime en général pour une raison simple. Au Moyen Âge, il n’existe pas réellement de différence entre un navire de guerre et un navire de commerce, la même embarcation pouvant remplir successivement ces deux rôles. De même, il est difficile de donner une définition stricte de la piraterie car un capitaine de navire peut agir de sa propre initiative, son action profitant à sa patrie d’origine sans toutefois être officiellement soutenue par son souverain.

    Si nous possédons désormais un grand nombre d’études touchant les questions événementielles, institutionnelles, logistiques et techniques, il reste un thème moins développé : la théorie du combat naval et ses applications tactiques. Bien que partiellement abordé, notamment par Susan Rose, le sujet mériterait une comparaison approfondie entre les récits de chroniques, la documentation normative et les traités militaires. Dans le même ordre d’idées, la guerre navale au Moyen Age manque de véritables études générales. Les aspects pratiques sont développés avec profondeur par les médiévistes, mais « la pensée navale au Moyen Age reste un océan à découvrir » (RICHARDOT, Philippe, « Y a-t-il une pensée navale dans l’Occident médiéval ? », in L’évolution de la pensée navale VII, Hervé COUTAU-BÉGARIE (dir.), Paris, 1999, p. 13-23). Ce manque a été quelque peu comblé par la parution de plusieurs ouvrages collectifs dans les années 2000 (voir OUVRAGES ET ARTICLES GÉNÉRAUX), toutefois le sujet attend encore une véritable synthèse traitant les principales problématiques de manière comparée à l’image du volume de la Nouvelle Clio La guerre au Moyen Âge par Philippe Contamine.
    L’apport des études maritimes sur le thème de la guerre navale est à la fois son avantage le plus précieux, mais aussi la raison sa place en retrait dans l’histoire de la guerre au Moyen Age. Ainsi, Philippe Contamine explique dans le même ouvrage, véritable guide pour tout médiéviste abordant le sujet de la guerre pour la période médiévale, que : « la guerre sur mer, qu’il vaut mieux concevoir comme un chapitre de l’histoire des bateaux et des flottes, a été délibérément négligée » (CONTAMINE, Philippe, La guerre au Moyen Âge, 6e éd., Paris, 2003, p. 6 (Nouvelle Clio, l’histoire et ses problèmes)). Pourtant, il est nécessaire de replacer les efforts des différents acteurs politiques de l’Occident médiéval en question navale avec l’évolution de la pratique plus générale de la guerre au Moyen Age, dont de nombreuses problématiques sont partagées : les questions de financement des flottes, du tissu social et géographique des équipages et des officiers, du profil et des compétences techniques de ces derniers, l’étude de la capacité de transport d’un navire lors d’une opération amphibie, etc… L’exercice a été accompli par Craig L. Lambert dans son ouvrage Shipping the Medieval Military – English Maritime Logistics in the Fourteenth Century (2011, Warfare in History) pour les expéditions maritimes de la couronne d’Angleterre entre 1320 et 1360. Un même questionnement pourrait être posé sur la bataille navale en tant que composante de la pensée militaire. Est-ce que pour les médiévaux, l’affrontement entre deux flottes n’est qu’une extension des affrontements terrestres, avec la même crainte pour la bataille rangée et son issue trop sévère ? Ou peut-on déjà percevoir une réflexion sur la domination des mers comme nécessité de l’État moderne naissant ? Le renouveau des études sur la guerre médiévale est peut-être la porte vers un mouvement similaire dans le domaine de la guerre sur mer.

    Le présent dossier a été construit dans le but de donner un premier aperçu de la thématique. Dû aux liens étroits entre la guerre navale et d’autres sujets d’études maritimes (navigation, commerce, construction navale, histoire des croisades), nous nous sommes efforcés à cibler les publications ayant un lien avec la guerre, en essayant de mettre en avant les recherches les plus récentes. Le dossier se divise principalement par aire géographique et par quelques parties thématiques. La partie « Ouvrages généraux » regroupe, à notre sens, les ouvrages d’introduction au sujet.


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