La rubrique "handicap" a comme objectif d’inviter les historiens à contextualiser l’existence des personnes handicapées dans une histoire plus large. Dans celle-ci, le handicap n’est pas nécessairement un obstacle à la vie en communauté, mais peut au contraire être accepté et géré de manière appropriée par des ajustements sociétaux. La fréquence des représentations de personnes en situation de handicap dans les temps médiévaux, qu’elles soient picturales ou textuelles, positives ou négatives, révèle l’intégration des personnes handicapées dans le tissu social. L’historien doit considérer que le handicap est une question fondamentale expérimentée par les personnes de tout temps et, qu’elle qu’en soit la mesure, toujours prise en charge par les communautés et/ou les institutions, indiquant clairement que les personnes handicapées ont connu les mêmes difficultés, mais qu’elles ont également eu les mêmes possibilités à travers l’histoire qu’aujourd’hui.
1. Le handicap : un concept anhistorique ?
Une notion polysémique
Différents modèles d’analyse
Ouvrages méthodologiques de référence
2. Bibliographie générale
Ouvrages de référence
Manuels
3. Bibliographie par grands thèmes de la recherche
Imaginaire
Corps
Soin, santé
Souffrance
Grand âge, enfance
Lèpre
Handicap intellectuel ou maladie mentale (folie)
Handicaps sensoriels
Textes et handicap
Littérature / Anthropologie
4. Ouverture sur les autres périodes
Histoire Antique
Quelques références sur les époques ultérieures
5. Répertoire
Institutions de recherche / Sociétés
Projets et groupes de recherche / Réseaux
Revues
6. (Res)Sources
Sources en ligne
Ressources en ligne
Articles de blog
Videos
Le handicap : une notion polysémique
Le handicap englobe des définitions économiques, sociales, politiques, culturelles, religieuses, légales, philosophiques, artistiques, morales et médicales, obligeant les historiens à contextualiser ce concept avant de pouvoir l’utiliser. Il se présente comme un objet polysémique. Le lien entre le handicap et son contexte apparaît comme fondamental si on l’utilise comme un concept pour faire l’histoire des personnes infirmes. Les notions de handicap et d’infirmité deviennent des outils heuristiques pour enquêter sur l’oppression. Elles ne constituent pas des objets fixés dans leur essence, car les anciennes communautés ont pu radicalement changer d’attitudes devant elles selon les aires et les époques considérées. Le handicap apparaît comme une notion à la fois synchronique (révélant des structures, des idées ou des cultures existant de nos jours) et diachronique (mobilisant des concepts ou des structures évoluant dans le temps). Ainsi, les signifiants qu’on attribue aux personnes invalides changent : les infirmes, aveugles, sourds et muets des âges anciens forment le groupe des « personnes en situation de handicap » d’aujourd’hui. Comme chaque infrastructure du langage est commune à tous les narrateurs à un niveau inconscient (faisant référence à une structure profonde) indépendamment de toutes considérations historiques, le handicap représente une construction culturelle et n’existe pas intrinsèquement en dehors de cette définition. Le sens de la notion de handicap varie également selon un contexte plus immédiat, social ou environnemental, entre autre. Sa définition peut ainsi changer en fonction des documents étudiés.
Le handicap devient un objet accessible si l’historien, l’anthropologue ou le sociologue réussit à comprendre la catégorisation endogène des personnes infirmes et à déterminer quelles sont les expériences réunies sous ce nom. Pour l’étudier, il faut voir de quelle manière une institution rassemble les individus éligibles à des droits spécifiques et analyser comment elle agit pour activer les droits qui leur sont reconnus. En effet, lorsque les pouvoirs publics mettent en place des lois en reconnaissant la condition de personne handicapée, la discrimination qui en résulte, positive ou négative, crée une catégorie stigmatisante dans la population. C’est pourquoi l’étude du concept même de handicap dans l’histoire est d’une importance cruciale.
Différents modèles d’analyse
Les travaux historiques antérieurs aux années soixante ont tendance à concevoir le handicap comme un problème individuel : il est associé à un diagnostic et à des faits pathologiques, dans une approche biomédicale. Puis, pendant les décennies soixante et soixante-dix, plusieurs chercheurs de différentes disciplines entament la restructuration de l’approche du handicap, entre marginalisation (Howard Saul Becker, Outsiders : Studies in the Sociology of Deviance, New York, Macmillian, 1963) et désavantage social (Erving Goffman, Stigma, Notes on the Management of Spoiled Identity, Englewood Cliffs, Prentice-Hall, 1963).
Des décennies soixante-dix aux années quatre-vingt, la question de l’accessibilité devient cruciale : c’est alors la société qui est le vecteur du handicap. Ce « modèle social du handicap » (Michael Oliver, Social Work With Disabled People, Londres, Macmillan, 1983) met en lumière la distinction entre l’infirmité (liée au modèle médical par son aspect individuel et biomédical) et le handicap (comme un désavantage ou une restriction d’activité causé par l’organisation sociale). Le handicap est donc construit et créé par les interactions humaines. Cette interprétation, d’influence marxiste, constitue la théorie de l’oppression sociale. Dans celle-ci, le handicap n’est plus inhérent à l’individu, mais formé par les difficultés rencontrées par ce dernier dans son environnement social et physique.
Les chercheurs essaient rapidement de renouveler le modèle social qui ne fonctionne pas efficacement pour l’étude des sociétés du passé. Le handicap historique stricto sensu naît ainsi en deux étapes.
Le modèle culturel, également appelé constructivisme social, constitue la première phase s’établissant dans les années quatre-vingt à deux-mille. Celui-ci offre une plus grande liberté que le modèle social, car il permet de considérer qu’un phénomène comme le handicap ne se résume pas à des conditions matérielles et n’a pas une existence fixe, mais change au contraire selon la période et la culture étudiées (Irving Kenneth Zola, Missing Pieces : A Chronicle of Living with a Disability, Philadelphie, Temple University Press, 1982). Le modèle culturel s’affirme dans les années quatre-vingt-dix et deux mille sous l’impulsion des études féministes qui re-conceptualisent le handicap en prenant en compte l’expérience culturelle du corps infirme. En effet, les cultural studies qui englobent les études queer (études sur l’identité de genre), féministes (sur le genre) et postcoloniales (sur la race) ne prennent pas en compte les études du handicap avant l’apparition du modèle culturel. Les chercheurs qui l’emploient redéfinissent l’habileté, la santé ou la normalité par son entremise, en étudiant comment la société produit sa propre norme du corps féminin ou handicapé. Les cultural disability studies qui en découlent ont l’avantage d’être moins centrées sur les politiques publiques et la lutte militante que sur le modèle social ; elles y gagnent en interdisciplinarité. Elles révèlent l’influence considérable des auteurs post-structuralistes et postmodernistes tels que Michel Foucault, Judith Butler, ou Gilles Deleuze.
La quantité d’écrits sur l’histoire du handicap augmente rapidement après 2005, en même temps qu’apparaît le modèle critique, créé pour synthétiser ce que les modèles social et culturel ont de mieux à offrir. Ce schéma d’analyse propose une approche complète du handicap et de l’infirmité comme phénomènes culturels. Ce paradigme critique remporte aujourd’hui l’unanimité dans les études sur le handicap, car l’interdisciplinarité y est complète. En effet, à l’inverse du modèle culturel, il ne suffit plus d’ajouter les catégories les plus marginalisées au syllabus, mais il faut les prendre en compte pour changer notre compréhension de la société dans son ensemble. La théorisation du caractère intersectionnel du handicap légitime l’appellation d’études critiques. Les matrices de domination sont analysées en utilisant l’idée de l’identité multiple (genre et handicap, par exemple) afin de décrire le processus social. Le handicap devient un concept normatif utilisé comme méthode de recherche. Les études critiques manifestent ainsi un grand intérêt pour les sociétés de l’hémisphère sud où le handicap est radicalement différent des sociétés occidentales actuelles. Les chercheurs qui mettent en œuvre cette approche s’interrogent sur les relations de pouvoir et cherchent à éclairer les conditions sociohistoriques d’oppression spécifiques à chaque nation. Dans le champ de l’étude du handicap des sociétés coloniales, postcoloniales ou néocoloniales, la variation du regard se situe autant dans l’espace que dans le temps. Face à ces objets similaires, de nombreux historiens s’inspirent de l’approche spatiale pour enrichir leurs problématiques.
Cette interdisciplinarité permet indubitablement au concept de handicap de devenir un outil d’analyse opérant dans de nombreuses disciplines. Cette approche séduit dans le champ académique, où les historiens, notamment médiévistes, mais pas uniquement, s’emparent du concept de handicap pour l’appliquer à la société de l’époque qu’ils étudient. La construction pluridisciplinaire complexe et longue du concept de handicap explique qu’il puisse être utilisé pour des études historiques. La bibliographie suivante s’intéresse au concept de handicap. Ces ouvrages ne sont pas centrés sur l’historicité de la notion de handicap, mais constituent des outils méthodologiques fondamentaux pour les historiens.
Ouvrages méthodologiques de référence
Le terrain de recherche qui nous intéresse, l’histoire du handicap médiéval, a récemment été confronté à des changements radicaux dans l’approche scientifique. En effet, avant les années 2005, aucune publication historique ne prenait en compte la façon interdisciplinaire de penser le handicap comme un des facteurs de la société médiévale. Pourtant, dès ce moment-là, toutes les personnes proches de ce champ disciplinaire appellent au renouvellement de la méthode qui porte rapidement ses fruits.
Ouvrages de référence
La quantité d’écrits sur l’histoire du handicap augmente rapidement après 2005, en même temps qu’apparaît le modèle critique, créé pour synthétiser ce que les modèles social et culturel ont de mieux à offrir. Apparaissent d’abord les grandes synthèses de connaissances, puis les ouvrages collectifs, qui restent les plus nombreux sur cette question, indiquant la nouveauté de ce terrain de recherche. Petit à petit, les historiens tentent d’écrire les expériences des personnes en situation de handicap à l’époque médiévale. Pour ce faire, ils utilisent des approches interdisciplinaires afin de penser le handicap comme un des marqueurs individuels de la société médiévale.
Manuels
Depuis les trois ou quatre dernières années, plusieurs manuels sont parus ou sont en préparation. Ces petits guides, à l’usage des étudiants mais aussi des historiens confirmés qui souhaitent intégrer le handicap dans leur analyse, fleurissent depuis peu, entérinant la création de la discipline. En effet, ces livres destinés à l’apprentissage d’une matière (ici, l’histoire du handicap médiéval), n’existent que depuis les années 2015. Le champ disciplinaire semble enfin assez mur pour proposer des réflexions fondamentales sur le handicap à l’époque médiévale.
Une historiographie riche
Le caractère interdisciplinaire du concept de handicap n’est plus à prouver. Il s’explique par une construction lente et une prise en compte tardive par les historiens. Au Royaume-Uni, les disability studies sortent des départements de sociologie et de sociologie médicale et s’implantent dans les facultés d’histoire dès les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Aux États-Unis, elles s’y développent dans les sciences de l’éducation et les humanités (littérature, droit et philosophie, principalement) et se fondent sur l’expérience de vie des personnes handicapées plutôt que sur les défauts corporels. En France, les disability studies ne se propagent pas dans les départements de sciences humaines. Pourtant, le premier livre à plébisciter la disability history est écrit par le philosophe, historien et anthropologue de l’infirmité Henri Jacques Stiker. Son ouvrage, intitulé Corps infirmes et sociétés, est édité en 1982. Pour la première fois, une publication scientifique incite à produire une histoire de la représentation des personnes infirmes. L’auteur cherche à comprendre le regard des contemporains face à l’incapacité physique ou mentale et abandonne alors les archives hospitalières et celles sur les mendiants qui servaient jusqu’alors pour étudier les personnes en situation de handicap. À la suite de cette publication, les études sur le handicap tendent à prendre comme point de départ des documents législatifs, ou, en tout cas, normatifs. Alors, les chercheurs se focalisent sur l’inclusion des personnes en situation de handicap dans la société afin de nourrir leurs espoirs d’activistes politiques. Ils cherchent donc à améliorer les normes en voies de construction grâce aux modèles antérieurs.
Les historiens médiévistes s’emparent de la question du handicap pour produire une histoire culturelle. Ils s’associent également au modèle de groupe minoritaire (minority group model). Ce dernier, développé par les sciences humaines, s’établit sur l’idée que les personnes handicapées font partie soit d’un groupe stigmatisé, soit d’une sous-culture. Cette période est donc marquée par des publications qui segmentent les études selon le type de handicap, tels que la cécité, la lèpre ou la maladie mentale, qui font l’objet de nombreux travaux. Les études sur le handicap s’organisent également selon les dispositifs institutionnels mis en place pour prendre en charge les personnes infirmes, différents en fonction de la nature de l’incapacité. En témoignent, au cours de ces années, les nombreuses recherches sur la lèpre et les léproseries comme lieux d’enfermement spécifiques à une maladie.
La démarche critique, grâce à la mixtion de ces trois modèles d’analyse, nous permet d’étudier de nombreux mécanismes sociaux. Ceux-ci permettent d’aborder analytiquement le handicap comme un phénomène spécifique en considérant les multiples contextes. Cette période voit la naissance de grandes synthèses tentant d’écrire l’histoire des personnes en situation de handicap à l’époque médiévale en considérant le renouvellement du champ. Cependant, les ouvrages collectifs restent les plus nombreux sur cette question, indiquant la nouveauté de ce terrain de recherche. En effet, de plus en plus de publications historiques prennent actuellement en compte cette façon interdisciplinaire de penser le handicap comme une catégorie d’analyse qui nous oblige à repenser les principes fondamentaux de l’époque médiévale.
Communauté
Soin
Imaginaire
Corps
Souffrance
Grand âge, enfance
Lèpre
Folie (handicap intellectuel ou maladie mentale)
Handicaps sensoriels
Textes et handicap
Littérature / Anthropologie
Le handicap apparaît donc comme une notion culturelle pour laquelle une société historique doit être appréhendée dans sa globalité afin de pouvoir l’approcher. Cependant, qui pense notion culturelle doit penser temps long de l’histoire. C’est pourquoi les plus récents développements historiographiques mettent en avant l’importance de décloisonner ces questionnements qui ne doivent pas rester enfermés dans une période historique tout en appelant à réfléchir sur le temps long d’une histoire culturelle du handicap. Les ouvrages cités ci-dessous (histoire antique ; époques ultérieures), doivent avant tout servir de jalons et ne pourraient pas se substituer à une bibliographie de référence sur le sujet. Sa seule prétention est de montrer que de tels ouvrages existent depuis plusieurs années et d’éclairer l’importance de ne pas s’arrêter à la périodisation canonique de l’histoire mais au contraire à chercher les ruptures et les continuités connues par la notion culturelle de handicap tout au long de l’histoire.
Histoire Antique
Quelques références sur les époques ultérieures
Institutions de recherche / Sociétés
Le Programme Handicap & Sociétés est un dispositif innovant dédié aux études critiques sur le handicap et la surdité. Espace ouvert de rencontre entre disciplines, objets, chercheurs en SHS et acteurs de la société civile, il contribue à structurer la recherche et la formation dans ce champ et à en accroitre la visibilité nationale et internationale. Il compte un réseau des jeunes chercheurs, et a un engagement actif dans deux sociétés savantes internationales et une revue scientifique.
Alter, Société Européenne de Recherche sur le Handicap, est une société savante dont l’objet est de promouvoir la recherche en sciences sociales et humaines sur le handicap. L’accent est mis sur la pluralité des approches scientifiques et des savoirs (théoriques, appliqués, issus de l’expérience du handicap…) qu’offre ce domaine de recherche.
Ciblée sur l’Europe, la société est néanmoins ouverte à la communauté scientifique internationale. Alter ESDR s’adresse plus largement à tous ceux qui s’intéressent au handicap et aux questions qu’il soulève, sans réserve quant aux orientations de recherche.
La Disability History Association (DHA) est une organisation internationale à but non lucratif qui promeut l’étude des handicaps à travers l’histoire (affiliée à l’American Historical Association, notamment par son Disability Mentorship Program). Cela inclut, mais n’est pas limité à, l’histoire des individus ou des groupes handicapés, les perspectives sur le handicap, les représentations/constructions du handicap, l’histoire des politiques et des pratiques, l’enseignement, la théorie et le handicap et les mouvements de droits sociaux et civils qui y sont liés.
Depuis sa réunion inaugurale en 1970, la Society for the Social History of Medicine (SSHM) a été la première à adopter des approches interdisciplinaires de l’histoire de la santé, du bien-être, de la science et de la pratique médicales. Par conséquent, elle compte parmi ses membres des personnes intéressées par diverses disciplines, notamment l’histoire, la santé publique, la démographie, l’anthropologie, la sociologie, l’administration sociale et l’économie de la santé.
La Society for Disability Studies (SDS) est une organisation universitaire qui se consacre à la promotion des études sur le handicap. Plus de vingt-cinq ans d’une riche histoire ont permis à l’organisation d’atteindre des membres nationaux et internationaux avec une expertise allant de la défense des droits aux perspectives sur le handicap dans diverses disciplines. Cette expertise est souvent exposée lors de la conférence annuelle de SDS, où des centaines de participants se réunissent chaque année pour partager leur expertise, leurs perspectives et leur communauté. Les membres s’engagent également dans des discussions animées sur des listes électroniques réservées aux membres, avec la participation de certains des chercheurs les plus chevronnés dans le domaine et d’étudiants de troisième cycle en pleine ascension.
Depuis 1978, la CSHM/CSHM tient des congrès annuels conjointement avec le Congrès des sciences humaines. La revue de la CSHM/CSHM est le Bulletin canadien d’histoire de la médecine, une revue bilingue avec évaluation par les pairs qui a son propre site web. Depuis plusieurs années, elle offre son soutien à des initiatives en histoire de la médecine, en bioéthique, en enseignement professionnel ou concernant d’autres aspects des services de santé canadiens.
Projets et groupes de recherche / réseaux
Historiens de la santé est le premier pas d’un réseau francophone de chercheurs internationaux en histoire de la santé initié en 2012 par Alexandre Klein et Séverine Parayre. Il rassemble des informations concernant l’histoire de la médecine et des sciences médicales, l’histoire des pratiques de santé et l’histoire du corps pour permettre aux chercheurs un accès unique aux travaux, projets et réalisations à l’œuvre dans le champ de l’histoire de la santé. Il participe également de l’affirmation d’une compréhension historiographique large de l’histoire de la médecine dans laquelle les différentes disciplines peuvent mutualiser leurs apports heuristiques sans perdre leur rigueur méthodologique. En ce sens, il vise à rassembler, plus qu’à sectoriser, à unir plus qu’à disperser, les chercheurs qui œuvrent avec rigueur et application pour déterminer la manière dont les hommes et femmes du passé pensaient, imaginaient, concevaient, pratiquaient, proposaient, bref se rapportaient à la maladie et à la santé.
MEARCSTAPA est une organisation qui donne la priorité à l’étude des agents et des communautés marginalisés au Moyen Âge, et qui soutient et accueille des chercheurs qui représentent eux-mêmes les identités et les communautés marginalisées. MEARCSTAPA occupe une place unique dans le discours académique sur l’"altérité" car, en plus de leur travail sur les êtres humains réels et leurs conflits, ils travaillent sur le domaine des "autres" fantastiques et surnaturels qui sont appelés à naître expressément pour renforcer les structures normatives des cultures qui les produisent. Par conséquent, ils se refusent de penser au centre implicite que constitue la construction d’un "autre" et le besoin concomitant de reconnaître et de combattre les problèmes structurels et discursifs sur le terrain.
Leur équipe interdisciplinaire, composée de chercheurs en sciences et en sciences humaines, a identifié et reconstitué un remède potentiel pour l’infection à Staphylococcus aureus à partir d’un livre de leechbook anglo-saxon du 10e siècle. Le remède a tué à plusieurs reprises des biofilms établis de S. aureus dans un modèle in vitro d’infection des tissus mous et a tué le S. aureus résistant à la méthicilline (SARM) dans un modèle de plaie chronique chez la souris. Bien que le remède contenait plusieurs ingrédients individuellement connus pour avoir une certaine activité antibactérienne, sa pleine efficacité a nécessité l’action combinée de plusieurs ingrédients, mettant en évidence l’érudition des médecins prémodernes et le potentiel des textes anciens comme source de nouveaux agents antimicrobiens.
L’unité créative Homo debilis développe des concepts et explore des méthodologies afin d’établir l’histoire du handicap comme une nouvelle approche se concentrant systématiquement sur les sociétés pré-modernes. Notre projet interdisciplinaire est financé par l’Initiative d’excellence pour une durée de trois ans, à partir d’avril 2013. Nous étudions les phénomènes de "différences" physiques et mentales par rapport à notre question centrale : Dans quelle mesure et de quelle manière les "handicaps" ou "déficiences" constituaient-ils des catégories de différence et de distinction sociale dans les sociétés pré-modernes ? Par conséquent, le handicap ne doit pas seulement être établi comme une nouvelle catégorie de base de l’analyse historique, mais doit être étendu aux sociétés pré-modernes.
Ce projet collaboratif (tenue par la Society for the Study of Disability in the Middle Ages) explore l’histoire et le développement des mots liés à la déficience sous toutes ses formes. En effet, les conceptions du handicap varient considérablement selon les cultures et les époques. En étudiant des mots tirés d’un large éventail de langues et de ressources médiévales, le glossaire démontre la complexité des approches des premiers auteurs en matière de handicap. Au lieu de refléter simplement les expériences humaines communes, le vocabulaire du handicap joue un rôle essentiel dans la formation des identités des individus et des communautés.
Étant donné que les conversations sur le handicap se déroulent dans de nombreux contextes professionnels, éducatifs et personnels différents, le glossaire rend les informations accessibles sous divers formats. En plus de fournir des définitions succinctes, les entrées décrivent l’"histoire" plus complète de chaque mot et suggèrent des ressources pour une étude plus approfondie.
Contagions : The Society for Historic Infectious Disease Studies est une nouvelle société spécifiquement dévouée à l’étude des maladies infectieuses dans le passé. Elle est ouverte à toute personne travaillant sur les aspects contemporains ou historiques des maladies infectieuses qui peuvent être étudiées dans le passé. Parmi ces maladies, on peut citer la peste, le choléra, la variole, la lèpre, la grippe, la tuberculose, la malaria, la brucellose, la peste bovine, la brûlure de la pomme de terre, la fièvre typhoïde, les parasites (vers, acariens), etc. Elle considère que les maladies des humains, des animaux et des plantes devraient toutes être incluses car elles affectent toutes la santé et la nutrition humaines. Les organismes eux-mêmes sont un point de continuité dans le temps. À mesure que la technologie de l’ADN s’étend, la liste des maladies infectieuses anciennes qui peuvent être identifiées dans le temps et dans l’espace est susceptible de s’allonger à pas de géant. Il leur semble donc utile d’avoir des personnes qui les étudient aujourd’hui en communication avec celles qui les ont étudiées dans le passé via la biologie, l’histoire, l’épidémiologie, la santé publique, l’archéologie, l’écologie, le climat, etc. Il s’agit d’un sujet véritablement interdisciplinaire.
Revues
Disability & Society est une revue internationale d’études sur le handicap qui offre un point de départ pour le débat sur des questions telles que les droits de l’homme, la discrimination, les définitions, la politique et les pratiques. Elle paraît dans un contexte de changement constant dans la façon dont le handicap est perçu et traité. La revue publie des articles qui représentent un large éventail de perspectives, y compris l’importance de la voix des personnes handicapées. Disability & Society invite les articles dans lesquels les définitions du handicap sont reconnues comme relatives et les approches ségréguées sont considérées comme inadéquates et inacceptables - en mettant davantage l’accent sur l’inclusion.
ALTER est une revue de la Société internationale pour l’histoire des infirmités, déficiences, inadaptations, handicaps et de l’Institut fédératif de recherche sur le handicap (IFRH). ALTER est une revue européenne évaluée par des pairs, qui se penche sur le handicap et ses variations. Elle s’adresse à tous ceux qui sont impliqués ou intéressés dans ce domaine.
Disability Studies Quarterly (DSQ) est la revue de la Society for Disability Studies (SDS). Il s’agit d’une revue multidisciplinaire et internationale qui intéresse les spécialistes des sciences sociales, les chercheurs en sciences humaines, les défenseurs des droits des personnes handicapées, les écrivains créatifs et autres personnes concernées par les questions relatives aux personnes handicapées. Elle représente la gamme complète des méthodes, des épistémologies, des perspectives et du contenu que le domaine multidisciplinaire des études sur le handicap englobe.
Le Canadian Journal of Disability Studies publie des articles originaux évalués par des pairs qui font avancer la recherche dans le domaine multidisciplinaire et international des études sur le handicap. La revue englobe un large éventail de méthodologies et de perspectives, valorise le travail collaboratif et interdisciplinaire, le partenariat communautaire et les approches créatives en matière de recherche. Les travaux de recherche publiés dans la Revue canadienne d’études sur le handicap sont lues par les universitaires et les étudiants de toutes les disciplines universitaires, ainsi que toute personne impliquée dans les arts du handicap, la défense des droits, les organisations communautaires ou les politiques. La revue met l’accent sur une perspective critique des études sur le handicap, engagée en faveur des droits des personnes handicapées.
En se concentrant sur les représentations du handicap, le Journal of Literary & Cultural Disability Studies (JLCDS) publie une grande variété d’analyses textuelles qui s’inspirent de la théorie du handicap et, par extension, des expériences du handicap. Il s’agit d’une revue d’études sur le handicap essentielle pour les universitaires dont les travaux se concentrent sur la représentation du handicap. Plus largement, elle contribue à l’interdisciplinarité des études littéraires, des études culturelles et des études sur le handicap.
Critical Disability Discourses/Discours critiques dans le champ du handicap (CDD-DCCH) est une revue bilingue et interdisciplinaire, qui publie des articles qui se concentrent sur les expériences du handicap dans une perspective critique. Le comité de lecture de la revue est composé d’étudiants de l’Université York, de l’Université de Toronto, de l’Université Laval, de l’Université McMaster et de l’Université de Cambridge, ainsi que d’experts de la communauté. Leur objectif est de créer un espace universitaire où les nouveaux chercheurs pourraient apporter des contributions précieuses au domaine en expansion des études critiques sur le handicap. L’intention de la revue est d’intégrer les questions liées au handicap dans les conversations scolaires courantes en promouvant et en publiant des arguments qui évaluent de manière critique les conditions sociales handicapantes.
La Review of Disability Studies (RDS) est une revue académique anonyme, à accès libre et évaluée par des pairs, qui s’adresse à toute personne intéressée par les études sur le handicap. Ils comptent des lecteurs et des auteurs du monde entier. Ils acceptent les soumissions d’articles académiques en anglais couvrant un éventail de disciplines dans le domaine des études sur le handicap ainsi que les travaux créatifs exprimant des idées dans le domaine du handicap.
Le Scandinavian Journal of Disability Research est une revue internationale à comité de lecture, qui vise à diffuser des recherches sociales innovantes et de grande qualité sur le handicap. La caractéristique principale de la revue est qu’elle se concentre sur la relation entre les personnes handicapées et leur environnement. Son champ d’action est multidisciplinaire et intègre des recherches menées sous différents angles, notamment l’éducation, la sociologie, l’histoire et les études culturelles. La revue accepte les travaux empiriques, mais ils doivent également contenir une discussion sur les implications conceptuelles et/ou pratiques des résultats mis en évidence. Enfin, la revue invite à travailler dans un large éventail de contextes internationaux qui sortent les débats des contextes familiers du Nord global.
Fondé en 1984, le CBMH/BCHM est la principale revue canadienne en histoire de la médecine, de la santé et des domaines connexes. Son objectif est de replacer l’histoire de la santé, de la médecine et des sciences biomédicales au sein de leurs contextes locaux, régionaux et internationaux. Nous publions, en français et en anglais, des articles de haute qualité, originaux, et évalués par les pairs.
Sources en ligne
Groupement d’images libres de droits de manuscrits médiévaux en lien avec le handicap sur Pinterest (références cependant variables).
Cette galerie présente des représentations de handicaps dans des œuvres d’art à travers les siècles, reflétant la diversité des vies, des expériences et des traitements des personnes handicapées. Galerie organisée avec la communauté twitter #DisabilityHistory
Ressources en ligne
Ce carnet de recherche Hypothèse souhaite promouvoir ce champ de recherche en France et en Europe et propose de veiller à partager les nouveautés éditoriales, les futures rencontres (conférences, colloque, journées d’études, tables ronde), mais aussi de relayer les appels à communication ou à contribution du handicap dans les sociétés pré-modernes, en se focalisant particulièrement sur l’époque médiévale.
Cette ressource (tenue par la Society for the Study of Disability in the Middle Ages) explore l’histoire et le développement des mots liés à la déficience sous toutes ses formes. En effet, les conceptions du handicap varient considérablement selon les cultures et les époques. En étudiant des mots tirés d’un large éventail de langues et de ressources médiévales, le glossaire démontre la complexité des approches des premiers auteurs en matière de handicap. Au lieu de refléter simplement les expériences humaines communes, le vocabulaire du handicap joue un rôle essentiel dans la formation des identités des individus et des communautés.
Étant donné que les conversations sur le handicap se déroulent dans de nombreux contextes professionnels, éducatifs et personnels différents, le glossaire rend les informations accessibles sous divers formats. En plus de fournir des définitions succinctes, les entrées décrivent l’"histoire" plus complète de chaque mot et suggèrent des ressources pour une étude plus approfondie.
Groupe facebook tenu par la Society for the Study of Disability in the Middle Ages se consacre à l’étude interdisciplinaire des maladies, des handicaps, des blessures, des maladies et des infirmités médiévales dans leur contexte social.
H-Net Humanities and Social Sciences Online est une organisation internationale interdisciplinaire de chercheurs et d’enseignants qui se consacrent au développement de l’énorme potentiel éducatif de l’Internet. La liste #DisabilityHistory se consacre aux annonces sur l’histoire du handicap.
Public Disability History est un journal de blog et un forum d’échange entre les divers acteurs impliqués et investis dans les questions relatives au handicap. C’est un site web qui rassemble et fournit des ressources pour l’histoire des handicaps. De plus, il offre un mode de publication "accéléré" pour les réflexions théoriques/méthodologiques avec un seuil plus bas que les publications scientifiques complètes.
Articles de blog
La Bristish Library se demande si les manuscrits médiévaux ont jamais représenté des personnes handicapées et consacrent un billet de blog aux illustrations médiévales de handicaps et de maladies. Des personnages allégoriques aux pèlerins cherchant à se faire soigner dans les sanctuaires des saints, en passant par les textes médicaux décrivant les premières interventions chirurgicales pour les fentes palatines, les manuscrits que la BL présente dépeignent en images et en mots de nombreuses formes de handicap et de nombreuses personnes handicapées.
Extrait : "L’indice est dans le nom. L’histoire publique du handicap consiste en fin de compte à amener les gens - le public - à réfléchir à l’histoire du handicap. C’est aussi simple que cela. Seulement, ce n’est pas aussi simple que cela, n’est-ce pas ? Comme je l’ai découvert ces dernières années, faire l’historique public du handicap est en fait assez difficile". […] "Nous pouvons suggérer un cadre pour donner un sens aux images, histoires et objets que nous présentons dans nos activités d’engagement public, mais nous ne pouvons pas obliger les gens à l’adopter. Dans le meilleur des cas, l’histoire publique du handicap incite les gens à en savoir plus sur l’histoire encore largement cachée du handicap, seuls, avec des amis ou avec leur famille, et leur donne quelques idées sur l’endroit et la manière dont ils pourraient commencer à chercher".
Videos
Erin Connelly discute de ses recherches concernant l’émergence de bactéries résistantes aux antibiotiques, combinées à un pipeline de découverte de nouveaux antibiotiques gravement bloqué.
Conférence de Yann Cantin, historien, maître de conférence à l’université de Paris 8, le 9 juin 2017 à la Cité des sciences et de l’industrie. Il se demande : « Quelle était la vie des Sourds au Moyen Âge ? Serait-elle si obscure comme le disaient les auteurs du XIXe siècle ? Ou alors, bien plus libre que l’on pensait ? La période médiévale était pourtant la matrice de notre langue, le noétomalalien. C’est dans ce contexte particulier entre le développement des centres monastiques, la croissance des villes, les échanges des idées entre les différents royaumes, duchés et comtés, que les communautés sourdes ont pu trouver leur place. De ce que l’on sait, les communautés sourdes du XVIIIe siècle sont le résultat d’un long processus commencé mille années plus tôt. »
Présensation de Patrice Georges, archéo-anthropologue à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) au colloque “Archéologie de la santé – anthropologie du soin”qui s’est tenu à Paris en 2016. Il aborde l’ensemble des sources disponibles pour le Moyen Âge, dans l’acception la plus large du terme, permet de documenter l’opération chirurgicale de l’amputation (« ablation d’une extrémité du corps, voire d’une partie du corps »), tant sur le plan théorique que pratique. Il insistent également sur l’idée que les sources historiques et archives du sol montrent un acte chirurgical réfléchi, maîtrisé, avec des outils appropriés et accompagné des soins concomitants.
Martine Clouzot, professeure en histoire du Moyen Âge à l’Université de Bourgogne à Dijon. Spécialisée notamment sur la question musicale et des “fous” de l’époque, elle a été co-commissaire de l’exposition “Moyen Âge, entre ordre et désordre”, présentée en 2004 à la Cité de la Musique à Paris. Auteure de Musique, folie et nature au Moyen Âge. Les figurations du fou musicien dans les manuscrits enluminés (XIIIe-XVe s.), elle parle ici du musicien médiéval. Sujet à instabilité et pauvreté, la folie lui est souvent associée par les instances religieuses, politiques, culturelles, et plus particulièrement encore dans les enluminures datant de 1200 à 1500, à destination des laïcs.
Entretien mené par Erin Lynch avec Luke Demaitre lors du 50e Congrès international d’études médiévales sur l’enseignement de l’histoire médiévale aux étudiants en STEM (la science, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques), la médecine médiévale et les similitudes entre les réponses publiques au sida et à la lèpre.
Table ronde sur l’histoire du handicap au Rendez-vous de l’Histoire, à Blois en 2016. Session organisée par la Société européenne de recherche sur le handicap (ALTER) avec la participation des chercheurs Gildas Brégain, Christophe Capuano, Caroline Husquin et Mariama Kaba.
L’objectif de la série de conférences sur l’histoire du handicap organisée à l’Université de Louvain est d’explorer et de promouvoir le rôle novateur que la notion de "handicap" peut jouer à l’intersection des études anthropologiques, historiques et éducatives. Cette approche interdisciplinaire se reflète dans les thèmes présentés et dans les parcours des chercheurs invités.
Cette série de conférences cherche aussi à rassembler un large éventail de chercheurs afin de faire passer le message que le "handicap" existe et qu’il peut être utile à ceux qui souhaitent mettre à jour leurs recherches.
La série de conférences sur l’histoire du handicap de l’université de Louvain est une initiative conjointe du professeur Pieter Verstraete (Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation), du professeur Patrick Devlieger (Faculté des sciences sociales) et du professeur Kaat Wils (Faculté des lettres).