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Introduction

  • Introduction historique et définition de l’espace concerné

    Hérold PETTIAU, Nicolas SCHROEDER, 20 juillet 2018

    La Lotharingie émerge comme espace spécifique dans la période de démembrement de l’Empire carolingien. Le traité de Verdun de 843 divisa l’Empire en trois parts. La partie centrale, délimitée par le Rhin à l’est, par la Meuse et la Saône à l’ouest, comprenant de ce fait deux centres essentiels de l’Empire — Rome et Aix-la-Chapelle — revint à Lothaire Ier. Cette Francia Media fut divisée entre les trois fils de Lothaire à sa mort en 855. Louis II obtint l’Italie, Charles la Provence et Lothaire II la partie nord, allant de la Frise à la Bourgogne.

    Il est évident que ce statut de pays d’entre deux, entre monde latin et germanique, a de tout temps fait de la Lotharingie un objet de controverses, scientifiques ou non. Mais de quoi est-il question ? La Lotharingie est un espace à géométrie variable, dynamique, objet de multiples modifications de frontières, et de partages, et ce dès le IXe siècle, du vivant même de Lothaire II. Une comparaison entre les cartes dressées par deux chercheurs ayant consacré récemment leur thèse de doctorat à la Lotharingie, Thomas Bauer et Jens Schneider, montre de nombreuses variantes particulièrement au sud et à l’est. Ainsi, l’appartenance — temporaire — de l’Alsace à la Lotharingie est une question toujours ouverte.

    L’expression Lotharii regnum s’applique à ce territoire compris entre Meuse, Rhin, Mer du Nord et la région de Besançon, sur lequel régna Lothaire II de 855 à 869. Au décès de ce dernier, ce territoire fut divisé entre ses oncles Louis et Charles, accord sanctionné par le traité de Meersen en 870. Le territoire fut ensuite réorganisé sous les rois de Francie orientale Louis le Jeune, Charles le Gros et Arnould de Carinthie. Celui-ci reconstitua le regnum Lotharii et le plaça sous la responsabilité de son fils Zwentibold en 895. Ce dernier fut impliqué dans des conflits récurrents avec des membres de l’aristocratie lotharingienne. Il tomba lors d’un combat en 900, ce qui sonna le glas du royaume lotharingien, qui fut ensuite incorporé comme duché à la Francie orientale. La remuante aristocratie lotharingienne et les tentatives de soumission par la Francie occidentale empêchèrent une véritable intégration jusqu’au règne d’Otton Ier. En 959, l’archevêque Brunon de Cologne, frère d’Otton, qui s’était vu conférer les fonctions ducales lotharingiennes, répartit les responsabilités entre deux ducs. Cette division de la Lotharingie selon un axe est-ouest mena plus tard (au XIe siècle) à la formation de la haute et de la basse Lotharingie. Cette séparation n’empêcha pas la formation d’une perception (généralement négative) des Lotharingiens comme population. Ce processus est essentiellement observable dans des sources impériales, donc extérieures au duché. Ainsi l’expression Lotharingia apparaît sous la plume de Liutprand, évêque de Crémone (961-971), pour désigner l’ensemble du regnum Lotharii ; ou encore, Widukind de Corvey décrit les Lotharingiens en termes ethniques et parle d’une gens Lothariorum. Le maintien au XIe siècle d’une titulature, dux regni, unique dans les duchés allemands, plaide également dans le sens d’une conscience de soi de la part des élites lotharingiennes.

    Les duchés de haute et de basse Lotharingie restèrent des cadres politiques d’une certaine importance dans l’Empire germanique. La royauté stimula la mise en place de l’Église impériale (évêchés de Metz, Toul, Verdun, Liège) et profitait de l’appui de puissantes familles aristocratiques (entre autres les lignages qu’on a pris l’habitude de qualifier de « Maison d’Ardenne »). Dès le XIe siècle, l’aristocratie lotharingienne s’engagea dans la formation de principautés avec des rythmes différenciés en Basse et en Haute Lotharingie, mais aussi à l’intérieur même de ces deux entités. L’évolution du pouvoir impérial, ainsi que la réforme grégorienne et ses influences à moyen terme sur l’Empire et l’Église impériale stimulèrent la territorialisation du pouvoir princier. En Haute Lotharingie, les évêques impériaux, certains comtes ou seigneurs (Bar, Vaudémont, Saarbrücken, Apremont, etc.) affirmèrent leur pouvoir dès le XIe siècle. Au XIIe siècle, se développèrent surtout les principautés territoriales de Lorraine, de Bar, de Metz, les évêchés de Toul et de Verdun, qui allaient former les cadres politiques principaux du bas Moyen Âge. En Basse Lotharingie, les maisons de Brabant, Limbourg, Luxembourg, Namur, etc affirmèrent leur pouvoir dès le XIe siècle et se développèrent en principautés territoriales. Ce processus fut accompagné par la disparition progressive du duché comme institution à part entière, une évolution qui s’acheva à la fin du XIIe siècle, lorsqu’à la diète de Swäbisch-Hall les prérogatives du duc de Brabant furent limitées au territoire de son duché.

    L’histoire et la position géographique de la Lotharingie — avec d’importants fleuves, comme le Rhin ou la Meuse, et sa situation comme plaque tournante vers l’Italie, la Champagne, la Flandre et la Mer du Nord — en ont fait une région particulièrement dynamique, de l’époque carolingienne à la fin du Moyen Âge central, que ce soit au niveau économique, culturel, religieux (réformes monastiques lotharingiennes) ou artistique (on pensera ici aux productions longtemps identifiées comme « art mosan »). Malgré les divisions politiques et la frontière linguistique qui traversait la Lotharingie de part en part, une certaine identité lotharingienne a existé ou été brandie à diverses reprises tout au long du Moyen Âge central et même après, aux Temps modernes, voire même jusqu’à nos jours.

    L’étude de la Lotharingie médiévale s’avère être un vaste champ de recherche entre histoires nationales, régionales, et locales. Son appréhension rend nécessaires les collaborations internationales. Un des objectifs de cette page Ménestrel est de permettre d’identifier les acteurs et centres de recherches principaux et de signaler quelques ressources-clef disponibles en ligne. Les informations fournies dans cette page sont destinées à compléter celles que l’on peut trouver dans les pages des pays concernés par l’espace lotharingien (Belgique, Luxembourg, France, Allemagne, Pays-Bas).


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  • Bibliographie de départ

    Hérold PETTIAU, Nicolas SCHROEDER, 31 juillet 2018 | 20 juillet 2018

    - Parisot, R., Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923), Paris, 1898.

    Ce livre constitue la présentation classique de l’histoire politique événementielle du royaume médian entre le partage de Verdun et l’intégration au royaume ottonien. Bien que forcément vieilli, il reste toujours utile.


    - Vanderkindere, L., La formation territoriale des principautés belges au Moyen Âge, Bruxelles, H. Lamertin, 1902. (lien : http://digistore.bib.ulb.ac.be/2006/DL2632839_002_f.pdf)

    Autre classique de l’historiographie des principautés lotharingiennes, cet ouvrage en deux volumes ambitionne de présenter les origines des principautés des Pays-Bas du sud, de l’époque carolingienne à celle des ducs de Bourgogne, recouvrant donc pour une large part la Lotharingie (jusqu’au XIIe siècle), et la Basse-Lotharingie pour les siècles suivants.


    - Mohr, W., Geschichte des Herzogtums Lothringen, Saarbrücken, 1974.

    Écrit par un professeur de l’université de Saarbrücken, cet ouvrage traite de l’ensemble de l’histoire de la Lotharingie en quatre volumes. Le premier traite de la période allant jusqu’en 1048, date de la constitution définitive des deux duchés de haute et de basse Lotharingie. Le deuxième volume traite de la basse Lotharingie jusqu’au XIIIe siècle, le troisième de la haute Lotharingie jusqu’au XIVe, enfin un quatrième volume est consacré à l’histoire du duché de Lorraine du XIVe au XVIIe siècle.


    - Parisse, M., Austrasie, Lotharingie, Lorraine (Encyclopédie illustrée de la Lorraine), Metz, Nancy, 1990.

    Cet ouvrage de Michel Parisse fait partie d’une histoire de la Lorraine de l’Antiquité à l’époque contemporaine. Destiné en priorité au grand public et abondamment illustré, ce volume retrace l’histoire médiévale de la Lorraine, passant en revue l’époque mérovingienne (royaume d’Austrasie), carolingienne IX-Xe siècles (Lotharingie) et enfin les XIe-XVe siècles (Lorraine). Ce faisant, l’auteur propose avant tout une synthèse personnelle de l’évolution des pouvoirs, temporel et religieux, dans ces territoires aux frontières mouvantes qui se succédèrent tout au long du Moyen Âge.


    - Hermann H.-W. et Schneider, R. (dir.), Lotharingia. Eine europäische Kernlandschaft um das Jahr 1000. Une région au centre de l’Europe autour de l’an mil, Sarrebrück, 1995.

    Ce volume présente les actes d’un colloque tenu à Saarebrück. Les thématiques abordées sont multiples : exercice du pouvoir, espaces et territoires, rôle de l’aristocratie et de l’Église, économie, culture, etc.


    - Bauer, Th., Lotharingien als historischer Raum. Raumbildung und Raumbewußtsein im Mittelalter, Cologne-Weimar, Vienne, 1997.

    Dans ce livre, issu d’une thèse de doctorat menée à l’Université de Trèves, Thomas Bauer propose une tentative de définition de l’espace lotharingien initié par les royaumes éphémères de Lothaire II et de Zwentibold. Sa réflexion porte sur deux axes ; ce qu’il intitule la sphère « gouvernementale » (« Herrschaftlich-konstitutive Sphäre ») dans lequel il analyse, entre autre, diverses titulatures du pouvoir séculier ainsi que les « états » épiscopaux de huit évêchés et une autre, d’ordre « idéel/mentalitaire » (« ideell-mentalitätsmäßige Sphäre ») consacrée à l’analyse des sources liturgiques relatives aux évêchés lotharingiens, qu’il considère comme constitutive d’un espace lotharingien.


    - Schneider, J., Auf der Suche nach dem verlorenen Reich. Lotharingien im 9. und 10. Jahrhundert, Cologne, Weimar, Vienne, 2010.

    Dans cet ouvrage, Jens Schneider met en question l’existence même de la Lotharingie comme ensemble régional, au-delà du royaume de Lothaire II. Il aborde cette question sur deux plans : celui de la cohérence géographique, environnementale, démographique ou socio-économique d’une part, et celui de la perception et de l’identité d’autre part. Ce faisant, Jens Schneider arrive à une conclusion en opposition à celles développées par Thomas Bauer.


    - Gaillard, M. et al. (éd.), De la mer du Nord à la Méditerranée. Francia Media, une région au cœur de l’Europe (c.840-c.1050), Luxembourg, 2011.

    Présentant les actes d’un colloque tenu en 2006 autour de la Francia media, ce volume contient de nombreuses contributions consacrées à l’histoire politique, économique et sociale.


    - MacLean, S., « Shadow Kingdom. Lotharingia and the Frankish World, c. 850-1050 », History Compass 11, 2013, p. 443-456.

    Cette contribution replace l’apparition de la Lotharingie dans le contexte de la fin de l’Empire carolingien. Son auteur entend questionner certains a priori des historiographies modernes et leur focalisation sur l’État-nation en abordant des thématiques telles que l’exercice de l’autorité ou l’identité dans le cadre de la Lotharingie avant c. 1050.


    - Géographie historique de la Lotharingie, François Pernot (dir.) = volume thématique de la Revue de Géographie historique 4, mai 2014. (lien : http://rgh.univ-lorraine.fr/reviews/view/7/Geographie_historique_de_la_Lotharingie)

    Six articles abordent la Lotharingie comme un objet de géographie historique, de ses origines à la fin du XVIIIe siècle. Pour la période médiévale, on retiendra particulièrement la contribution de Jens Schneider et Tristan Martine, qui explorent les changements territoriaux et leurs conséquences spatiales des origines du royaume de Lothaire II au XIe siècle.


    - Bijsterveld, A.-J., « Macht- en territoriumvorming : van karolingische kernregio tot territoriale lappendeken, 900-1200 », in P. Tummers, et al., (éd.), Limburg. Een geschiedenis, 3 vol., Maastricht, 2015, I, p. 207-240.

    Cet article explore l’histoire du pouvoir et du contrôle de biens fonciers dans l’actuelle province de Limbourg néerlandais entre 900 et 1200. Il aborde ces thématiques en les replaçant dans le cadre de l’évolution de la Lotharingie comme espace de pouvoir.


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