Archéopages, 31, janvier 2011, dossier « Sucré, salé ».
Numéro consacré aux archéologies du sel et du sucre, mais aussi du miel et des saveurs en général.
Art de manger, art de vivre. Nourriture et société de l’Antiquité à nos jours, Véronique DASEN et Marie-Claire GERARD-ZAI éd., Gollion, InFolio, 2012 (coll. « Testimonia »).
Ce volume rassemble des contributions d’intérêt très variable, sur des thèmes assez divers. Le volume rassemble quatorze articles répartis en trois parties, et trois contributions portent sur le Moyen Âge. On soulignera surtout la présence en première partie d’un dossier très original sur le lait maternel et les nourrices dans l’Antiquité et le Moyen Âge, intitulé « Parentalité et liens du lait ». Les deux autres parties, plus hétéroclites, s’intitulent « Nourritures en lettres » et « Convivialités ». L’ouvrage comprend aussi un choix de textes à l’appui des différentes contributions (textes de Raymond Lulle, Barthélemy l’Anglais, Gilles de Rome, traité de Maître Chicquart, extraits du registre d’inquisition Jacques Fournier), ainsi que deux bibliographies sélectives. Nous indiquons ici les titres des contributions concernant entièrement ou en partie le Moyen Âge : Véronique DASEN, « Introduction », p. 9-15 ; Noëlle-Laetitia PERRET, « La congnoissance du bon lait. La nourriture de l’enfant d’après les hommes d’Église de la fin du Moyen Âge » (p. 72-86) ; Marie-Claire GERARD-ZAI, « Nourrir les seins mercenaires au Moyen Âge » (p. 87-102) ; Kathrin UTZ TREMP, « “On prend une noix et on la fait cuire dans de l’eau bouillante… Recette pour un végétarien du Moyen Âge » (p. 200-213) ; Véronique DASEN, « La nourrice et le lait : Antiquité – Moyen Âge » (bibliographie, p. 301-313) ; Marie-Claire GERARD-ZAI, « Nourriture au Moyen Âge » (bibliographie nécessairement très sélective, p. 314-334).
BANEGAS LÓPEZ Ramón A., Europa carnivora. Comprar y comer carne en el mundo urbano bajomedieval, Gijón, Trea, 2012.
Auteur d’une thèse consacrée à l’approvisionnement et à la consommation de viande à Barcelone à la fin du Moyen Âge, Ramón Banegas López rend compte dans cet ouvrage de la « culture de la viande » présente en Occident à la fin du Moyen Âge, tant la chair est présente dans cette « Europe carnivore ».
BANEGAS LÓPEZ Ramón Agustí, « Competencia, mercado e intervencionismo en el comercio de carne en la Europa bajo-medieval. Los ejemplos de Barcelona y Ruán », Anuario de estudios medievales, 42/2, 2012, p. 479-499.
L’auteur poursuit son exploration de la boucherie médiévale européenne en comparant cette fois-ci la réglementation en vigueur à Barcelone et à Rouen. Voir le texte en ligne sur le site de la revue.
BANHAM Debby, « ‘In the Sweat of thy Brow Shalt thou eat Bread’ : Cereals and Cereal Production in the Anglo-Saxon Landscape », dans Nicholas J. Higham et Martin J. Ryan éds., The Landscape Archaeology of Anglo-Saxon England, Woodbridge, Boydell, 2010, p. 175-192.
L’agriculture anglaise a connu aux IXe-XIe siècles trois changements majeurs : développement du paysage d’openfield, adoption de la charrue lourde à versoir et transition de l’orge vers le froment panifiable. Pour l’auteur, c’est cette dernière évolution qui détermine les deux autres et qui résulte d’un changement de régime alimentaire : « de vastes régions de l’Angleterre médiane ont été transformés en un nouveau type de paysage, avant tout parce que les Anglo-Saxons préféraient le pain de froment au pain fait à partir d’autres céréales ».
BECKER Karin, Le Lyrisme d’Eustache Deschamps. Entre poésie et pragmatisme, Paris, Classiques Garnier, 2012.
Eustache Deschamps (v. 1340–1404) a laissé une immense production poétique, à travers laquelle il traite une grande variété de sujets. Au sein de cette œuvre encyclopédique, ses poèmes « pragmatiques », consacrés aux problèmes de la vie courante, abordent des questions médicales, diététiques, culinaires, domestiques, etc.
Voir le compte-rendu de Nelly Labère : [ Télécharger PDF - 89 ko ]
BENRUBI David-Jonathan, « Ni table, ni dais : qu’est-ce qu’un dois ? », Romania, t. 128, 2010, p. 428-451.
Auteur d’une thèse de l’École des Chartes consacrée aux « Représentations de la table et de la commensalité 1150-1350 », D.-J. Benrubi convoque dans cet article des sources littéraires, lexicographiques et iconographiques afin de percer le sens du terme « dois », rencontré dans la littérature française dans la brève période 1150-1250. Ni une simple table, ni un dais au sens actuel (qui émerge au cours du XIVe siècle), le « dois » désigne à la fois un espace et un objet (un genre de table inamovible et surélevée, aux pieds fixes), non strictement dévolus à la commensalité, qui manifestent, réellement et symboliquement, la stabilité et l’autorité de celui qui s’y installe.
BORVON Aurélia, Acquisition des ressources animales, alimentation carnée et distinction sociale en Anjou de la fin du Xe au début du XIIe siècle. Étude archéozoologique du site de Montsoreau (Maine-et-Loire), thèse de doctorat inédite, Université Paris I, 2012.
La fouille du site de Montsoreau, habitat d’élite pendant un long XIe siècle, a livré plus de 30000 fragments de vertébrés. Le caractère élitaire du site est marqué par la prédominance du porc, l’importance des restes issus de la chasse, ou encore la présence d’espèces prestigieuses comme le paon ou l’esturgeon. On peut consulter cette thèse inédite sur le serveur TEL (Thèses En Ligne).
BOUDIER Valérie, La cuisine du peintre. Scène de genre et nourriture du Cinquecento, Rennes, PUR (Collection "Tables des hommes"), 2010.
L’ouvrage analyse les liens entre peinture et nourriture dans l’art italien du Cinquecento (XVIe siècle). La production picturale est confrontée à une grande diversité de textes : ouvrages littéraires, théâtre, traités de diététiques, livres de cuisine et textes relatifs à la théorie des humeurs. Voir le compte-rendu de Nelly Labère : [ Télécharger PDF - 63.6 ko ] .
CABOURET Bernadette, « D’Apicius à la table des rois “barbares” », Dialogues d’histoire ancienne, supplément 7, 2012, p. 159-172.
État des lieux bibliographique et bilan historiographique de l’histoire de l’alimentation dans l’Antiquité tardive et le très haut Moyen Âge, en Occident comme en Orient.
Maître CHICQUART, Du fait de cuisine, éd. et trad. Terence SCULLY, Du fait de cuisine/On Cookery of Master Chiquart (1420) : "Aucune science de l’art de cuysinerie et de cuysine", Tempe (AZ), Arizona Center for Medieval and Renaissance Studies, 2010 (Medieval and Renaissance Texts and Studies).
Nouvelle édition, accompagnée d’une traduction en anglais, du traité Du fait de cuisine de maître Chiquart, cuisinier du duc de Savoie Amédée VIII, datant de 1420.
Voir le compte-rendu en ligne sur le site The Medieval Review (Christine M. Rose).
Le choix des aliments. Informations et pratiques alimentaires de la fin du Moyen Âge à nos jours, Martin BRUEGEL, Marilyn NICOUD et Eva BARLÖSIUS éds., Rennes, Presses universitaires de Rennes (coll. « Tables des hommes »), 2010.
CR dans Histoire et sociétés rurales, 35/1, 2010, p. 192-194 (Y. Beaudet), et sur le site de recensions en ligne Lectures (C. Campergue).
Le corps du gourmand. D’Héraclès à Alexandre le Bienheureux, éd. Karine KARILA-COHEN et Florent QUELLIER, Rennes/Tours, Presses universitaires de Rennes/Presses universitaires François Rabelais, 2012 (coll. « Tables des Hommes »).
Un volume d’une grande unité thématique, qui propose quinze contributions de qualité, dont trois portent sur le Moyen Âge. Les articles sont répartis en quatre thèmes : « Signature anatomique du gourmand », « Corpulence du gourmand », « Un corps (dé)réglé », « Le corps du gourmand comme métaphore politique ». Nous indiquons ci-dessous les titres des contributions abordant entièrement ou en partie le Moyen Âge : Karine KARILA-COHEN et Florent QUELLIER, « Introduction » (p. 9-19) ; Massimo MONTANARI et Ilaria PROSPERI, « Entre le ventre et la gueule, dans la culture médiévale » (p. 37-55) ; Danièle ALEXANDRE-BIDON, « Trop gourmand ? Le corps obèse dans l’iconographie médiévale » (p. 133-144) ; Isabelle ROSÉ, « Le moine glouton et son corps dans les discours cénobitiques réformateurs (début du IXe siècle-début du XIIIe siècle) » (p. 191-219) ; Bruno LAURIOUX, « Conclusions : une histoire du corps du gourmand » (p. 299-306).
La Cour du Prince. Cour de France, cours d’Europe, XIIe-XVe siècle, dir. Murielle GAUDE-FERRAGU, Bruno LAURIOUX et Jacques PAVIOT, Paris, Champion (Études d’histoire médiévale, 13), 2011.
Dans les actes de ce colloque explorant modèles et influences circulant entre la cour de France et les autres cours européennes, plusieurs articles abordent la question des offices de bouche au sein de l’institution curiale : Armand JAMME, « Le maître de l’hôtel du pape. Entre imitations françaises, nécessités curiales et fantaisies pontificales (XIVe-XVe siècle) », p. 53-80 ; Pauline MOIREZ, « Comment expliquer l’attrait des offices de bouche à la cour de France au XIVe siècle ? », p. 243-250 ; Yann MOREL, « L’office de bouche à la cour de Bourgogne de la fin du XIVe à la fin du XVe siècle », p. 251-270.
A Cultural History of Food in the Medieval Age, Massimo MONTANARI éd., Londres et New York, Berg, 2012 (« A Cultural History of Food », vol. 2).
Cet ouvrage constitue le vol. 2 de la série « A Cultural History of Food ». Comme pour chacun des volumes de la série, un plan type a été suivi, et après une introduction de l’éditeur, chaque article a été confié à un spécialiste différent. 1- Food Production (Alfio Cortonesi) ; 2- Food Systems (Pere Benito) ; 3- Food Security (Guiliano Pinto) ; 4- Food and Politics (Jean-Pierre Devroey) ; 5- Eating Out (Alban Gautier) ; 6- Professional Cooking, Kitchens and Service Work (Melissa Weiss Adamson) ; 7- Family and Domesticity (Gabriella Puccini) ; 8- Body and Soul (Allen J. Grieco) ; 9- Food Representations (Bruno Andreolli) ; 10- World Developments (Fabio Parasecoli). L’ensemble constitue une synthèse de qualité. Il importe cependant de noter que la période couverte par le volume va de 500 à 1300 ap. J.-C. : même si de nombreux articles s’autorisent à dépasser cette limite pour traiter des deux siècles suivants, les XIVe et XVe siècle sont traités dans le vol. 3 de la série, dirigé par Ken Albala.
A Cultural History of Food in the Renaissance, Ken ALBALA éd., Londres et New York, Berg, 2012 (« A Cultural History of Food », vol. 3).
Cet ouvrage constitue le vol. 3 de la série « A Cultural History of Food ». Comme pour chacun des volumes de la série, un plan type a été suivi, et après une introduction de l’éditeur, chaque article a été confié à un spécialiste différent. 1- Food Production (Allen J. Grieco) ; 2- Food Systems (Michael Krondl) ; 3- Food Security, Safety and Crises (Philip Slavin) ; 4- Food and Politics (Eric Dursteler) ; 5- Eating Out (Paul Freedman) ; 6- Professional Cooking, Kitchens and Service Work (Ken Albala) ; 7- Family and Domesticity (Alison Smith) ; 8- Body and Soul (Joan Fitzpatrick) ; 9- Food Representations (Timothy Tomasik) ; 10- World Developments (Fabio Parasecoli). L’ensemble constitue une synthèse de qualité. On notera que la période couverte par le volume va de 1300 à 1600 et couvre donc les deux derniers siècles couramment attribués au Moyen Âge.
Les disettes dans la conjoncture de 1300 en Méditerranée occidentale, Monique BOURIN, John DRENDEL et François MENANT éd., Rome, École française de Rome, 2012 (Collection de l’EFR, vol. 450).
Parmi les apports de l’ouvrage, on notera l’accent mis sur la dimension politique des crises alimentaires (en particulier à travers le rôle des gouvernements urbains), mais aussi sur l’effet de révélation documentaire des années 1300 : les disettes sont loin d’avoir disparu aux XIIe et XIIIe siècles, et c’est une documentation d’un nouveau type qui les fait surgir avec violence après 1300. Le modèle couramment employé pour étudier les disettes et famines de la fin du Moyen Âge, largement élaboré par des historiens anglophones à partir de sources anglaises, est largement remis en cause pour le monde méditerranéen.
Food & History, 8/1, daté 2010, paru en 2011.
Ce volume de Food & History comporte trois articles concernant au moins en partie la période médiévale :
Susan WEINGARTEN, « Medieval Hanukkah tradition : Jewish festive foods in their European contexts », p. 41-61, utilise principalement des textes provençaux des XIVe-XVe siècles.
Ramón A. BANEGAS LÓPEZ, « Consumption of meat in Western European cities during the late Middle Ages : A comparative study », p. 63-86, représente une vaste comparaison à l’échelle de l’Europe occidentale (Angleterre, France, Italie, péninsule ibérique), à partir des désormais nombreuses études urbaines disponibles pour la période du bas Moyen Âge. D’importantes variations régionales sont observées, comme l’importance du mouton en Catalogne et dans tout l’est de la péninsule ibérique, ou celle du porc dans les villes italiennes.
Scott SIMPSON, « History and mythology of Polish vodka : 1270-2007 », p. 121-148, dont les premières pages se penchent sur l’apparition des boissons distillées à la fin du Moyen Âge en Europe centrale.
GARCÍA MARSILIA Juan Vicente , La taula del senyor duc. Alimentació, gastronomia i etiqueta a la cort dels ducs reials de Gandia, Gandia, CEIC Alfons el Vell, 2010.
Voir le compte-rendu d’Olivia Parizot : [ Télécharger PDF - 150.9 ko ]
GAUTIER Alban, « Wassail, drinchail et savoir-vivre, ou la disqualification culturelle d’une élite », Cahiers de Recherche médiévale et humaniste, 19, 2010, p. 11-26.
Étude sur les manières de table des Anglais et des Normands à la veille et au lendemain de la conquête de 1066.
GAUTIER Alban, « Manger de la viande, signe extérieur de richesse ? Le cas des îles Britanniques », dans Les élites et la richesse au haut Moyen Âge, J.-P. Devroey, L. Feller et R. Le Jan éds., Turnhout, Brepols, 2010, p. 285-303.
GIFREU Patrick (intro. et trad.), Arnaud de Villeneuve. Le Livre des
Vins, Perpignan, Éditions de la Merci, 2011.
Ce traité médical sur les vins date du tournant du XIVe siècle et a été attribué au célèbre médecin catalan Arnaud de Villeneuve (Arnau de Vilanova). La traduction de Patrick Gifreu le rend accessible à un large public. L’introduction est en revanche très sommaire : le débat sur l’identité de l’auteur n’est pas du tout abordé, et le choix du texte latin (il n’en existe pas d’édition critique moderne) n’est pas justifié.
Avant d’utiliser ce volume, lire absolument le CR de Christine Caldwell Ames sur le site de recensions en ligne The Medieval Review.
GIRAUDET Christophe, « Les bouchers dans les petites villes à la fin du Moyen Âge : l’exemple du Nivernais », Annales de Bourgogne, 82/1-2, 2011 pour 2010, p. 115-146.
En étudiant un panel de sources (comptes communaux de Nevers et Decize, minutes notariales de Decize, chambres de comptes de Dijon et de Nevers), l’auteur dégage quelques caractéristiques de ce groupe social (forte endogamie, rôle dans la vie urbaine, diversité des conditions) sans s’attarder sur les questions plus spécifiquement alimentaires.
HAGGER Mark, « Lordship and Lunching : Interpretations of Eating and Food in the Anglo-Norman World, 1050-1200, with Reference to the Bayeux Tapestry », dans The English and their Legacy, 900-1200. Essays in Honour of Ann Williams, éd. D. ROFFE, Woodbridge, Boydell, 2012, p. 229-244.
L’article présente un tour d’horizon des usages de la nourriture et de la boisson pour la construction des groupes et l’expression des identités (ethniques, sociales, religieuses) dans le monde anglo-normand. Une grande attention est accordée aux sources hagiographiques, et plusieurs pages sont consacrées à la fameuse « scène de festin » qui précède la bataille de Hastings dans la « Tapisserie de Bayeux ». L’article est intéressant, mais on regrettera que l’auteur ignore entièrement l’abondante historiographie continentale sur le monde anglo-normand en général et sur ce sujet en particulier.
HERNÁNDEZ Justo, « A New Renaissance Medical Controversy : Sixteenth-Century Polemics about Cold-Drinking », Food and Drink in Archaeology, 3, 2012, p. 47-54.
L’article s’appuie principalement sur des textes espagnols du milieu du XVIe siècle.
Journal of Medieval History, 37/1, 2011, Feasts and Gifts of Food in Medieval Europe : Ritualised Constructions of Hierarchy, Identity and Community.
Un numéro spécial de la revue est consacré au festin et aux dons alimentaires, avec dix articles de L. Kjær, A. J. Watson, C. M. Woolgar, S. Pollington, L. Roach, J. Bellis, A. Byrne, L. Crombie et P. Grinder-Hansen. Les thèmes abordés couvrent toute la période médiévale, l’accent étant mis sur les îles Britanniques et l’Europe du Nord. Cf. la table des matières en ligne.
LABERE Nelly (dir.), Être à table au Moyen Âge, Madrid, Collection de la Casa de Velázquez, n° 115, 2010.
CR dans Food & History, 10/1 (2012), p. 215-218 (P. Rambourg). Voir aussi le compte-rendu de Yann Morel : [ Télécharger PDF - 75.5 ko ] .
LEE Christina, « Reluctant Appetites : Anglo-Saxon Attitudes towards Fasting », dans S. McWilliams (éd.), Saints and Scholars. New Perspectives on Anglo-Saxon Literature and Culture in Honour of Hugh Magennis, Cambridge, D. S. Brewer, 2012, p. 164-186.
À travers l’exemple de l’Angleterre anglo-saxonne, pour laquelle survit un important corpus littéraire en latin et en anglo-saxon, l’auteure insiste sur le fait que le jeûne était, tout autant que le festin, une pratique collective et sociale.
Manger en Europe. Patrimoines, échanges, identités, éd. A. CAMPANINI, P. SCHOLLIERS et J.-P. WILLIOT, Bruxelles, Peter Lang, 2011 (L’Europe alimentaire, 1).
Ce premier volume d’une nouvelle collection consacrée à l’étude de l’alimentation contient 9 contributions, dont 3 concernent le Moyen Âge : Antonella Campanini, « Connaître l’origine. Les produits, les recettes et leurs inventeurs. Trois exemples italiens (XVe-XVIIIe siècle) » ; María Ángeles Pérez Samper, « La construction de la cuisine espagnole par les livres de recettes » ; Massimo Montanari, « Une gastronomie urbaine : cuisine(s) et culture(s) entre le Moyen Âge et l’époque contemporaine ».
CR dans la Revue belge de philologie et l’histoire, 90/2, 2012, p. 618-620 (O. de Maret).
MARASCHI Andrea, « I miracoli alimentari di San Colombano : l’originalità, la tradizione e la simbologia », Studi medievali, 52/2, 2011, p. 517-575.
Saint Colomban (v. 540-615) apparaît dans la Vita Columbani de Jonas de Suse comme un saint obsédé par les questions alimentaires, au-delà des topoi pourtant omniprésents dans le texte. L’article étudie les très nombreux miracles alimentaires de la Vita, leurs possibles modèles (bibliques, hagiographiques, etc.) et leur utilité pour l’historien de l’alimentation. On trouvera aussi dans cet article des réflexions stimulantes sur la nature du topos hagiographique et sur l’usage que peut en faire l’historien.
The Material Culture of Daily Living in the Anglo-Saxon World, M. C. Hyer et G. Owen-Crocker éds., Exeter, University of Exeter Press, 2011.
Ce volume rassemble quinze contributions à dominante archéologique, mais faisant un usage important des sources textuelles et iconographiques. Il concerne exclusivement l’Angleterre du haut Moyen Âge, entre le VIe et le XIe siècle. Parmi les chapitres intéressant l’historien de l’alimentation, on mentionnera celui de C. P. Biggam sur les plantes (« The True Staff of Life : The Multiple Roles of Plants », p. 23-48), celui de Christopher Grocock sur l’élevage ovin et bovin (« ’To eat, to wear, to work’ : The Place of Sheep and Cattle in the Economy », p. 73-92), celui de Win Stephens sur la verrerie de table (« The Bright Cup : Early Medieval Vessel Glass », p. 275-292), et surtout celui de Christina Lee sur l’alimentation (« Earth’s Treasures : Food and Drink », p. 142-156). Ce dernier article constitue un bref état des lieux de nos connaissances sur l’histoire de l’alimentation anglo-saxonne et se penche successivement sur les questions suivantes : le problème de la malnutrition, le rôle de la boisson dans les relations sociales, les aspects économiques et agraires, la consommation de viande et de produits végétaux, la cuisine, l’alimentation monastique.
MONTANARI Massimo, Le manger comme culture, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2010 : traduction de Il cibo come cultura, Rome et Bari, Laterza, 2004.
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NASRALLAH Nawal, Annals of the Caliph’s Kitchen. Ibn Sayy ?r al-Warr ?q’s Tenth-Century Baghdadi Cookbook, Leyde, Brill, 2007, rééd. 2010.
Présentation et traduction commentée d’un important traité culinaire d’époque abbaside.
CR (relativement sévère) dans le Bulletin critique des études islamologiques, 24, 2008 (A. Ghersetti).
NEUMAN de VEGVAR Carol, « Dining with Distinction : Drinking Vessels and Difference in the Bayeux Tapestry Feast Scenes », dans The Bayeux Tapestry : New Approaches. Proceedings of a Conference at the British Museum, éd. M. J. Lewis, G. R. Owen-Crocker et D. Terkla, Oxford et Oakville, Oxbow Books, 2011, p. 112-120.
Dans cette étude des deux scènes de festin (anglaise et normande) de la Tapisserie de Bayeux, l’auteur démontre que le choix des récipients à boire représentés (cornes à boire pour les premiers, coupes en verre pour les seconds) véhicule des messages variés, allant de la mise en lumière des différences ethniques au commentaire sur le péché et la vertu des deux parties en présence.
OUBAHLI Mohamed, La main et le pétrin. Alimentation céréalière et pratiques culinaires en Occident musulman au Moyen Âge, Casablanca, Fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud pour les Études Islamiques et les Sciences Humaines, 2011.
Voir le compte-rendu d’Alban Gautier : [ Télécharger PDF - 57 ko ] .
Le parole della frutta. Storia, saperi, immagini tra medioevo ed età contemporanea, éd. Irma Naso, Turin, Silvio Zamorani Editore, 2012.
Voir le compte-rendu en ligne de M. S. Mazzi sur le site du CESA
Patrimonio cultural de la vid y el vino / Wine and Wine Cultural Heritage, éd. Sebastián Celestino Pérez et Juan Blánquez Pérez, Madrid, Universidad Autónoma de Madrid / Instituto de Arqueología, 2013.
L’ouvrage réunit une trentaine d’articles sur la vigne et le vin, principalement dans la péninsule ibérique. La majorité des articles porte sur les périodes anciennes, et une place importante est accordée aux stratégies contemporaines de valorisation du patrimoine viti-vinicole. Deux articles d’histoire régionale ibérique intéresseront plus directement les médiévistes : María Luz Rodrigo-Estevan, « Beber vino en la Edad Media. Modos, significados y sociabilidades en el Reino de Aragón », p. 141-160 (article richement illustré) ; Frederic Aparisi Romero, « La producción y el consumo de vino en el mundo rural valenciano durante la baja Edad Media », p. 161-170.
PIGIÈRE Fabienne, Évolution de l’économie alimentaire et des pratiques d’élevage de l’Antiquité au haut Moyen Âge en Gaule du Nord, Oxford, Archaeopress (BAR, International Series, vol. 2035), 2009.
L’ouvrage propose un aperçu de l’archéologie des ressources animales (production, distribution, consommation) entre le IIIe et le VIIe siècle de notre ère, à partir d’un corpus de sites belges et néerlandais.
PORCHER Kévin, De la vigne au chai. Viticulture et vinification en Bordelais après la guerre de Cent Ans (vers 1450 – vers 1480), thèse inédite, Université de la Rochelle, 2011.
Cette thèse inédite est disponible en ligne sur le site HAL Archives ouvertes.
POULAIN Jean-Pierre (dir.), Dictionnaire des cultures alimentaires, Paris, PUF (coll. « Quadrige »), 2012.
Plus de 230 articles sur des sujets bien entendu extrêmement variés, avec une priorité donnée au contemporain, mais avec de nombreux regards sur l’histoire des cultures alimentaires.
PRANGE Sebastian R., « “Measuring by the bushel” : reweighing the Indian Ocean pepper trade », Historical Research, 84/2, 2011, p. 212-235.
L’article adopte le point de vue de l’Asie pour étudier le commerce du poivre à la fin du Moyen Âge et au XVIe siècle pour montrer que ce commerce n’était pas seulement important pour les économies européennes et méditerranéennes, mais aussi pour celles de l’Océan Indien. Il met en avant l’importance des réseaux marchands musulmans centrés sur la côte de Malabar dans les derniers siècles médiévaux, et étudie l’impact de l’irruption des Portugais au tournant du XVIe.
PUCCI DONATI Francesca, « Frammenti di cultura alimentare nella tradizione proverbiale italiana dei secoli XIII-XV », Studi medievali, 53/1, 2012, p. 1-82.
Cet important et riche article permet à F. Pucci Donati de poursuivre et de résumer son enquête sur les proverbes alimentaires italiens de la fin du Moyen Âge comme source sur les manières de table, les usages et les représentations alimentaires. Ces proverbes, dont l’utilité pour l’historien est affirmée et la méthodologie d’étude précisée, s’avèrent aussi souvent une métaphore d’autres représentations (sociales, culturelles, …) que des sources nous renseignant sur les pratiques culinaires ou diététiques. 153 proverbes sont listés et analysés, sous des angles très divers : la santé et les théories médicales savantes et populaires, le plaisir et le goût, les pratiques culinaires, les métiers de l’alimentation, la convivialité et l’attitude à table, les usages et les discours du vin.
QUELLIER Florent, La table des Français (XVe-XIXe siècle), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007 ; 2e éd. revue et corrigée, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013 (coll. « Tables des hommes »).
Ce livre, qui ne porte que de façon marginale sur le Moyen Âge, constitue une présentation globale de l’alimentation à l’époque moderne et comprend donc de nombreux éléments de longue durée qui intéresseront le médiéviste. Parmi les thématiques explorées par l’ouvrage, on peut mentionner les consommations populaires (l’auteur conteste l’image courante d’une alimentation monotone et carencée), le fonctionnement de l’approvisionnement (en particulier en dehors des circuits commerciaux), l’importance des produits venus du Nouveau Monde. L’auteur place surtout au XVIIe siècle l’émergence d’une cuisine française qui, contrairement à ce qui caractériserait le Moyen Âge, serait fortement différenciée de ses voisines.
RAMBOURG Patrick, « Les savoirs alimentaires dans le Paris de la fin du Moyen Âge : entre pratique culinaire et hygiène alimentaire », dans Le choix des aliments. Informations et pratiques alimentaires de la fin du Moyen Âge à nos jours, M. Bruegel, M. Nicoud et E. Barlösius (dir.), Rennes, Presses Universitaires de Rennes (coll. « Tables des hommes »), 2011, p. 181-196.
Seul contribution concernant le Moyen Âge dans cet ouvrage collectif qui explore les rapports entre les différents types d’informations mis en œuvre pour guider les consommateurs et leurs pratiques alimentaires.
Roberto de Nola, Le Livre de cuisine, trad. de Nathalie PEYREBONNE, Paris, Classiques Garnier, 2011.
Traduction française, suivie de la reproduction fac-simile de l’original en castillan, du Livre de cuisine de Roberto de Nola, ouvrage considéré comme le premier livre de cuisine espagnol, paru en catalan en 1520 avant d’être traduit en castillan en 1525. L’éditrice choisit ici la seconde édition en castillan, celle de 1529, considérée comme la plus complète. Bien plus qu’un livre de cuisine, l’ouvrage est une « encyclopédie domestique », à la fois manuel d’écuyer tranchant, de maître d’hôtel et réceptaire culinaire.
ROSE Susan, The Wine Trade in Medieval Europe 1000-1500, Londres, 2011.
Une synthèse bien venue qui constitue une bonne introduction à un sujet étudié depuis des décennies par de nombreux historiens de l’économie, de la navigation ou de la fiscalité. Un très bon outil pour aborder cette question.
SCHIANCA Enrico Carnevale, La Cucina Medievale : Lessico, Storia, Preparazioni, Florence, Leo S. Olschki, 2011 (Biblioteca Dell’Archivum Romanicum, 386).
L’ouvrage constitue un glossaire de la cuisine italienne à la fin du Moyen Âge. Les 2300 entrées sont tirées de 23 traités des XIVe et XVe siècles, rassemblant environ 7000 recettes. Il représente un outil de travail essentiel.
Cf. le CR en ligne de Wendy Pfeffer sur le site « The Medieval Review ».
SCHULZ Anne, Essen und Trinken im Mittelalter (1000-1300) : literarische, kunsthistorische und archäologische Quellen, Berlin, Ergänzungsbände z. Reallexikon d. German. Altertumskunde (RGA-E), Bd. 74, 2011.
TASCA Francesca, « Una bevanda di apostasia : il comos mongolico nell’Itinerarium di frate Guglielmo di Rubrouck », Food & History, 9/2, 2011, p. 109-124.
Les voyages du franciscain Guillaume de Rubrouck sont ici analysés sous l’angle de l’altérité alimentaire lorsque le voyageur décrit le koumiss (lait de jument fermenté) des Mongols : celui-ci est en effet identifié comme une boisson d’apostasie, sa consommation étant assimilée à celle des viandes sacrifiées aux idoles.
VALLET Éric, « Le marché des épices d’Alexandrie et les mutations du grand commerce de la mer Rouge (XIVe-XVe siècle) », dans Alexandrie médiévale 4, éd. C. Décobert, J.-Y. Empereur et C. Picard, Alexandrie, Centre d’études alexandrines, 2011, p. 213-228.
L’article cherche à rééquilibrer l’étude du commerce des épices à Alexandrie, une étude jusqu’ici essentiellement tournée vers la Méditerranée : l’importance et les fluctuations des routes de la mer Rouge sont mises en lumière. Il conclut au relatif déclin de la place d’Alexandrie pour ce commerce, concurrencée au XVe siècle par les villes et ports syriens, qui nouent des liens directs avec La Mecque, autre centre émergent de ces décennies.
WOOLGAR C. M., « Food and the Middle Ages », Journal of Medieval History, 36, 2010, p. 1-19.
L’auteur, qui a récemment co-dirigé un volume sur l’histoire de l’alimentation dans l’Angleterre médiévale, propose ici un important article de synthèse, faisant le point de 20 ans de recherches sur l’alimentation médiévale : la bibliographie est imposante et témoigne d’une recherche européenne renouvelée. Depuis le début des années 1990, la recherche s’est peu à peu orientée vers des problématiques plus qualitatives et vers l’histoire des cultures alimentaires : pour cela, les historiens ont mobilisé des sources nombreuses et diverses, rassemblant des données extrêmement dispersées. Le rôle de l’archéologie est particulièrement mis en avant, en particulier à travers les nouvelles techniques. Quelques pistes de recherche sont proposées : en particulier, l’auteur indique quelques moyens pour poursuivre la recherche sur la demotic cookery (les formes populaires de préparation des aliments). D’autres pistes sont envisagées : la question de la diffusion des condiments exotiques dans le Moyen Âge central, les distinctions de genre (pas seulement dans la production, mais aussi et surtout dans la consommation), la dimension morale de la nourriture (avec la « moralité » des animaux et de l’ensemble des aliments), la place du repas dans les diverses activités sociales (particulièrement pour les classes populaires). Ces thèmes sont abordés à l’aide de quelques exemples principalement tirés des XIVe et XVe siècles anglais.
Compte-rendu