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... en classes préparatoires

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    Olivier COQUARD

    ( Professeur d’histoire en classes préparatoires, Lycée Henri IV)


    L’histoire médiévale est la parente pauvre de l’histoire telle qu’elle est enseignée dans le système des classes préparatoires (ci-après CPGE), ces classes où par une formation pluridisciplinaire, des étudiants préparent les concours d’entrée dans les Grandes Écoles. L’histoire est absente des CPGE scientifiques ; seule l’histoire économique contemporaine est enseignée, sous une formulation d’ailleurs ambigüe, dans la filière économique et sociale des classes préparatoires commerciales ; la période contemporaine également, de façon spécifique cette fois, est au programme des étudiants de la filière scientifique des CPGE commerciales. L’enseignement de l’histoire médiévale n’existe donc, au sein des Classes Préparatoires aux Grandes École que dans les filières littéraires, à l’exclusion cependant de la filière B/L où seule l’histoire contemporaine est dispensée. Obligatoire dans la préparation aux deux concours d’entrée à l’École des Chartes, l’histoire médiévale y est enseignée en tant que telle dès la première année dans la filière dite « hypochartes ». Elle n’est en revanche obligatoire (une année sur trois ou deux années sur trois) que pour les optionnaires d’histoire (Ulm) ou d’histoire et géographie (Lyon) qui préparent les Écoles Normales Supérieures : depuis la mise en place de la Banque d’Épreuves Littéraires, le thème du « tronc commun » d’histoire porte systématiquement sur une question d’histoire postérieure à la fin du XVIIIe siècle. En première année de Lettres Supérieures (ci-après LS), les instructions officielles n’imposent pas particulièrement un enseignement d’histoire médiévale aux professeurs : ils sont invités à traiter au moins trois questions prises dans des périodes différentes. Libre à eux de choisir ou non l’histoire médiévale, libre à eux d’y consacrer le temps qui leur semble efficace dans l’année. Au total, sur les quelque 80 000 élèves des CPGE, seuls les hypochartistes et chartistes découvrent obligatoirement l’histoire médiévale, soit peut-être trois cents étudiants chaque année ; pour les « hypokhâgneux », cette découverte dépend du bon plaisir de leur professeur ; quant aux khâgneux, ils sont, au maximum, un petit millier à étudier une question d’histoire médiévale.
    La grande différence avec l’université tient à un enseignement construit en vue d’un concours et non d’un contrôle des connaissances diplômant, cette différence ayant surtout lieu en deuxième année : la dimension d’initiation à la recherche est alors assez limitée (encore qu’en Khâgne moderne, le rapport aux sources est décisif) au profit d’un enseignement plus immédiatement utilitaire. Pour la majeure partie d’entre eux, l’intérêt de l’histoire médiévale est donc purement intellectuel, ce qui peut poser une difficulté dans un système où la préparation des concours suscite un tropisme immédiatement utilitariste très fort. Pour l’exprimer de façon un peu triviale, l’enseignement de l’histoire médiévale en CPGE doit donc nécessairement être sexy.

    Pour ma part, l’histoire médiévale fait naturellement partie de l’enseignement que je dispense aux classes de LS dont j’ai la charge. L’expérience ici relatée est donc individuelle : certains de mes collègues font sans doute plus, la grande majorité choisit de privilégier l’histoire contemporaine compte-tenu de sa présence systématique en classe de Première Supérieure. Chaque année donc, je traite six questions (25 heures par question) dont une ou deux portent sur l’histoire médiévale (sachant que souvent, les questions peuvent chevaucher deux périodes académiques : ainsi « La Renaissance, XIVe-XVIe siècle »). Je considère comme une évidence qu’un étudiant de haut niveau doit, quelle que soit la suite de son parcours, connaître un certain nombre d’aspects de la période médiévale et de son étude historique. Les instructions officielles nous demandent de faire de la première année de CPGE un moment d’initiation à tous les aspects de l’histoire universitaire : j’ai choisi de consacrer une part significative de mon enseignement aux périodes que l’enseignement secondaire laisse quelque peu de côté, et donc en particulier à cette période médiévale.

    Depuis que j’enseigne en Lettres Supérieures (septembre 1995), j’ai abordé de nombreuses questions d’histoire médiévale, avec une prédilection cependant pour les sphères occidentale et islamique : La naissance de l’Islam, les Carolingiens, La féodalité, l’État en Europe au XIIIe siècle, la chrétienté du XIe au XIVe siècle, la guerre de cent ans… sont quelques thématiques que j’ai abordées. Ce choix répond à plusieurs objectifs pour des étudiants dont une toute petite minorité retrouvera l’histoire médiévale dans la suite de son parcours. D’une part, un apport culturel évident : les étudiants n’ont fait de l’histoire médiévale qu’en cinquième et en seconde et c’est donc pour eux une vraie découverte ; enseigner à Paris permet d’organiser régulièrement des parcours médiévaux ou des visites dans les musées (Louvre, Cluny). Les étudiants abordent en effet les rivages du moyen-âge sans aucun bagage : les premiers efforts portent donc sur les aspects les plus basiques de l’histoire, à savoir les repères chronologiques, géographiques et terminologiques fondamentaux (une infime minorité d’élèves entrant en LS saurait placer d’emblée Louis IX au XIIIe siècle ou définir un hadith). Deuxième objectif, d’ordre méthodologique : le traitement des sources iconographiques ou textuelles, les spécificités du vocabulaire ou des attitudes permettent aux étudiants d’aborder par de nouveaux biais les questions historiques. Troisième objectif : leur permettre de découvrir ce qu’est la recherche universitaire ; je demande donc régulièrement à des chercheurs (Elisabeth Lalou, Pierre Toubert, Dominique Barthélémy, Franck Collard sont entre autres venus) de présenter tel ou tel aspect de leur travail à ces étudiants. Pour l’approche des questions strictement politiques ou institutionnelles, pour l’histoire économique et sociale du moyen-âge, le biais culturel est très souvent un recours utile et les approches de Claude Gauvard ou de Jean-Marie Moeglin ont beaucoup contribué à faciliter l’enseignement de ces thématiques un peu techniques à nos étudiants.

    Seule une partie des étudiants de LS s’oriente ensuite vers l’option histoire des concours des ENS Ulm et Lyon ; parmi eux, une minorité poursuit ensuite des études d’histoire – beaucoup s’orientent vers la géographie, entrent dans des Écoles de Commerce par exemple. Le fait que plusieurs des étudiants soient devenus médiévistes est donc plutôt encourageant ; il signale une véritable attractivité de cette période pour ces étudiants des CPGE. Parmi la grande majorité qui n’aura fait de l’histoire médiévale que durant son année d’hypokhâgne, les échos sont globalement très encourageants – à la réserve près que, dans la majorité des cas, les étudiants avec lesquels je reste en contact sont ceux qui ont apprécié mes cours : l’écho est donc quelque peu biaisé. Enseigner l’histoire médiévale est-il un « sport de combat » en CPGE ? L’esprit agonistique existe, certes, face à la concurrence d’une histoire contemporaine, hégémonique dans les programmes depuis la quatrième et pour la préparation de la majeure partie des concours préparés en CPGE et donc considérée comme plus utile. Mais l’exotisme des sociétés médiévales en même temps que leur proximité, la richesse des cultures médiévales font de cet enseignement, pour le professeur autant que pour les étudiants, un plaisir et une nécessité.

    Olivier COQUARD, 26 août 2016
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