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... en Allemagne

  • De l’enseignement de l’histoire médiévale en Allemagne

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    Pierre MONNET

    (Directeur d’études à l’EHESS (GAHOM) ; Directeur de l’Institut Franco-Allemand de Sciences Historiques et Sociales)


    Il n’existe pas de programme national d’histoire en Allemagne, une conception qui continue à effrayer pour des raisons historiques tenant à la période nazie et à une aversion pédagogique pour tout ce qui pourrait ressembler à un « enrégimentement » suprarégional des esprits La place occupée par l’histoire médiévale dans l’enseignement secondaire en Allemagne varie donc en raison de la compétence pédagogique des régions, de la plus grande autonomie des établissements, et de la bivalence disciplinaire des enseignants. Cette place évolue aussi au gré des programmes qui, selon les Länder, peuvent être entièrement thématiques (la paix, les femmes, le citoyen, le peuple/la nation… le Moyen Âge n’étant qu’une étape au sein d’un grand récit évolutif) ou bien chronologiques, ou avec une combinaison des deux approches. De surcroît, dès la seconde ce sont les élèves qui choisissent les matières composant leur parcours et non pas des maquettes préimposées, en sorte que l’histoire ne constitue pas une épreuve obligatoire au baccalauréat. Le nombre d’heures d’enseignement en histoire diffère donc non seulement selon les Länder, mais aussi les lycées, les classes et même les élèves !
    Dans le manuel d’histoire commun franco-allemand, rédigé entre 2006 et 2011, l’histoire médiévale figure dans le premier tome destiné aux classes de seconde (« L’Europe et le monde de l’Antiquité à 1815 »). Elle couvre deux chapitres sur dix, ce qui correspond à peu près à la place dévolue à la période médiévale au sein du secondaire allemand. Les questions d’histoire médiévale le plus souvent traitées (en général une première fois au collège, puis en seconde) touchent à la question des deux universaux, l’Empire et la papauté, à la diversité des constructions territoriales en réseau (principautés, ligues, villes), à la pluralité des cultures en Occident (en particulier la place de l’Islam et les sociétés et culture juives en Europe). L’autre spécificité du traitement de la période médiévale tient à une tradition pédagogique qui met en avant la participation active et critique de l’élève à l’oral (qui compte pour la moitié de la note) et fait une large place aux discussions historiographiques relayées par les manuels et observées à la lumière de leur signification contemporaine (l’an mil, le féodalisme, l’inquisition, les sorcières, le rapport à l’Islam, la mémoire de Charlemagne…). Depuis quelques années, des dossiers spéciaux tenant compte de l’ouverture à l’histoire globale envahissent les manuels scolaires, ainsi d’une interrogation formulée comme suit : « Pourquoi les Incas n’ont-ils pas conquis l’Espagne ? ». Par ailleurs, des questions liées à la problématique de la « transition » (et 1989 en fut bien une en Allemagne !) produisent une attention redoublée à des périodes considérées comme des seuils, telles la crise de la fin du Moyen Âge et la transition vers la modernité autour des « Découvertes ».
    Comme dans d’autres pays, le contact entre le monde du secondaire et le monde scientifique et universitaire du supérieur reste marginal (la voie du métier d’enseignant passant par deux examens d’État et un Referendariat pratique est en effet séparée de celle de la recherche dans le supérieur).

    Le fédéralisme et l’autonomie précédemment soulignés sont également caractéristiques de l’enseignement supérieur. La place de l’histoire médiévale varie donc d’un Land à l’autre. L’enseignement de l’histoire jusqu’au mastère est commun pour les étudiants qui se destinent aux carrières de l’enseignement et les autres. Au sein de chaque université, le département d’histoire ne connaît pas forcément de division suivant les quatre périodes académiques à la française. Dans de nombreuses universités tout d’abord, on trouvera des chaires d’histoire régionale (Landesgeschichte) au sein desquelles l’histoire du Moyen Age sera enseignée, ou bien ailleurs des chaires pourront couvrir à la fois la période médiévale et la période moderne (Mittlere und Neuere Geschichte). Si de nombreux cursus d’études historiques ont calé leurs maquettes et modules sur les recommandations de la réforme dite de Bologne (LMD), en revanche plusieurs cursus ont conservé une maquette ancienne ou bien adaptent le nombre de semestres d’études pour l’obtention d’une licence. La place dévolue à l’histoire médiévale en sera donc influencée d’autant qu’elle n’est pas garantie, comme en France, par une préparation aux concours nationaux d’enseignement comportant des épreuves obligatoires dans cette période. Les intitulés des cours proposés en histoire médiévale sont, bien davantage qu’en France, influencés par les thématiques de recherche du professeur titulaire, ou par le domaine de recherche retenu par l’université dans le cadre de l’initiative dite d’excellence au sein de laquelle l’histoire médiévale constituera un maillon ou un élément d’une problématique plus générale – parfois dans des programmes trans-disciplinaires associant les sciences naturelles, économiques et juridiques, comme la production des ordres normatifs, l’environnement, les transferts dans un monde globalisé, ou les phénomènes multiculturels.
    Parmi les autres spécificités à relever figure l’exigence demandée dans certaines facultés des Lettres de posséder un certificat de compétence en latin (Latinum). Le principe d’une unité entre enseignement et recherche dès la première année et dans le cadre du Seminar, sur laquelle a longtemps reposé la culture universitaire allemande héritée de Humboldt, continue de prévaloir du moins dans les exigences théoriques et les pratiques des séminaires d’initiation. On pourra ainsi trouver mélangés au sein d’un même séminaire des étudiants d’histoire médiévale issus de plusieurs niveaux d’étude et les exercices demandés reposent sur l’exigence d’un travail précoce en bibliothèque et dans les archives suivant un libellé très personnalisé (Hausarbeit) qui l’emporte en dignité, en coefficients et en noblesse sur les exercices imposés sur table (Klausuren). Dans de nombreuses universités subsistent encore des cours magistraux (Vorlesung) non seulement ouverts à tous mais qui ne sont pas sanctionnés par un examen final. De plus, tout comme on l’a vu appliqué toutes proportions gardées dans le cycle secondaire, le principe d’une libre combinaison de matières (deux sont obligatoires, une majeure et une mineure) aboutit à faire voisiner l’histoire (et donc l’histoire médiévale) avec d’autres disciplines telles que la littérature, la philosophie, la théologie, la philologie, les lettres classiques, la sociologie etc. et dans très peu de cas la géographie par exemple.

    Au total, l’enseignement de l’histoire médiévale ne montre pas de différence fondamentale entre la France et l’Allemagne quant au contenu, au découpage de la période ou à une évolution d’ensemble qui privilégie depuis une vingtaine d’années un décloisonnement qui fait de la société médiévale une période de construction sociale et culturelle plus ouverte, plus mobile, moins intolérante, moins figée qu’auparavant dans le corset interprétatif d’un Occident chrétien, féodal et latin. En revanche, les différences sont grandes, tant dans le secondaire que dans le supérieur, dans la fixation des parcours, des heures, des examens, le système allemand étant beaucoup plus local, autonome et individualisé, beaucoup diront de ce fait « critique », et cela dès le lycée.

    Pierre MONNET, 20 juillet 2016
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  • Bibliographie - webographie

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    En Allemagne

    Il n’existe pas de ministère fédéral de l’éducation en Allemagne. Chacun des seize Länder a donc son Kultusministerium sur la page web duquel on trouvera les informations statistiques et le détail des programmes actuels de l’enseignement de l’histoire dans les collèges et lycées. Par exemple, le site du ministère de l’éducation de Bavière.
    L’enseignement supérieur et la recherche disposent en revanche d’un ministère central : Bundesministerium für Bildung und Forschung (BMBF).

    La société des historiens allemands (Deutscher Historikerverband) regroupe les enseignants d’histoire du secondaire et du supérieur.

    La revue Geschichte in Wissenschaft und Unterricht (GWU) au rythme de 6 cahiers par an, sorte d’équivalent partiel de Historiens et Géographes, constitue une tribune commune aux historiens du secondaire et du supérieur sur les méthodes, la didactique et les programmes d’enseignement de l’histoire.

    L’Institut Georg-Eckert de recherche internationale sur les manuels scolaires situé à Braunschweig.

    Manuel franco-allemand
    Pierre Monnet, « Un manuel d’histoire franco-allemand », Revue Historique, CCCVIII/2, 2006, p. 409-422.
    Étienne François, « Le manuel franco-allemand d’histoire. Une entreprise inédite », Vingtième Siècle, 94/2, 2007, p. 73-86.

    Pierre MONNET, 20 juillet 2016
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