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... héraldique

  • De l’usage de l’héraldique en Histoire médiévale

    Laurent HABLOT

    Maître de conférences en Histoire médiévale à l’Université de Poitiers


    L’héraldique est la science qui a pour objet l’étude des armoiries, qui sont elles-mêmes des réalisations particulières d’un langage figuré, le blason. Ces signes sont nés au milieu du XIIe siècle dans le contexte de la société féodale mais restent encore très présents dans nos sociétés occidentales contemporaines et ont, de ce fait, été longtemps considérés – ou déconsidérés – à travers le prisme de l’identité nobiliaire (alors que l’usage d’armoiries n’a pourtant jamais été limité aux seuls aristocrates au Moyen Âge), au moins pour leur intérêt généalogique, au mieux comme outil de datation et d’attribution d’œuvres d’art. Depuis plusieurs décennies, cette science connaît cependant un important renouvellement et les armoiries sont enfin apparues pour ce qu’elles sont : un véritable reflet des sociétés qui les ont produites, une sorte de cristallisateur des structures, des sensibilités et des pratiques qui en font une source de premier ordre pour l’historien.
    Longtemps limitée à l’analyse du blason, l’héraldique s’est récemment ouverte aux questions plus générales de l’emblématique qui prend désormais en compte les systèmes sémiologiques qui ont précédé les armoiries ainsi que ceux qui se sont développés sur ses marges : bannières et drapeaux, devises figurées et mots, cimiers, cris et sentences, monogrammes, uniformes, attributs et insignes. En France, ce sont avant tout les travaux de Michel Pastoureau qui ont porté cette dynamique aussi bien dans le monde scientifique qu’auprès d’un plus large public. La même évolution historiographique s’observe à travers toute l’Europe, où la science héraldique sort des cercles généalogiques et aristocratiques pour devenir un véritable objet d’étude scientifique et universitaire. Ce dynamisme est notamment soutenu par des sociétés savantes comme la Société française d’héraldique et de sigillographie ou l’Académie internationale d’héraldique.
    Pour l’historien, la priorité reste souvent d’attribuer l’emblème, ce que la profusion même des occurrences (de l’ordre de la dizaine de millions), leur dispersion et une conservation aléatoire rendent souvent très incertain. Or les outils utiles à l’identification des signes emblématiques n’ont pas autant bénéficié que nous aurions pu l’espérer des apports de l’informatique : la rigueur mathématique de l’outil informatique s’accorde souvent bien mal avec la souplesse tant graphique que structurelle des signes figurés qui varient souvent en fonction de multiples paramètres – dont la main de l’artiste n’est pas le moindre. Il n’existe donc toujours pas de base de données universelle recensant avec une bonne fiabilité l’ensemble des armoiries utilisées en Europe. Il convient donc de recourir aux catalogues et recensements établis au fil du temps pour espérer y retrouver le signe étudié, qu’il est d’ailleurs souvent nécessaire de contextualiser en raison des nombreux cas d’« homonymies » héraldiques. Une grande partie des armoriaux médiévaux a toutefois été éditée sous forme de fac-similés, de publications scientifiques avec tables et index et, pour beaucoup, de bases informatiques. Un travail analogue est en cours pour les emblèmes de la fin du Moyen Âge (base DEVISE).
    La plupart du temps, ces outils ne suffiront cependant pas à identifier avec certitude le porteur de l’emblème. Il convient pour cela de maîtriser les règles élémentaires de la composition héraldique et de transmission des armoiries. Celles-ci peuvent contenir des brisures, signes ajoutés aux armoiries qui distinguent le porteur ou sa lignée au sein d’un groupe de parenté, ou bien être le résultat d’une union matrimoniale ou de prétentions politiques qui conduisent à la combinaison de plusieurs armoiries voir à l’adoption de nouvelles armes. La connaissance des éléments para-héraldiques éventuellement figurés en marge de l’écu (cimier, couronne, supports, cri, insigne d’ordre de chevalerie) pourra faciliter l’identification.
    Attribuer un emblème ne doit pourtant pas être pour l’historien une fin en soi. Le chercheur doit inscrire l’exposition emblématique dans son contexte de significations. Le support, le cadre et les circonstances jouent en effet un rôle essentiel : un signe figuré sur un sceau, un manuscrit, une tapisserie, un monument, une monnaie, un vêtement ne remplit pas les mêmes fonctions de représentation sociale ou politique. Sa position dans le décor, les autres signes associés, son promoteur et son public sont autant d’éléments utiles à sa compréhension globale. D’où la nécessité de croiser les approches avec les autres sciences historiques connexes telles que la sigillographie, la diplomatique, l’épigraphie, la numismatique, l’histoire du droit mais aussi, plus largement, l’histoire de l’art, de la littérature, l’histoire des mentalités, des sensibilités, des représentations, l’anthropologie historique, sans négliger la lecture des travaux des neurologues et des spécialistes de sciences cognitives. Enfin, l’étude des signes prend sens dans sa confrontation avec d’autres systèmes sémiologiques passés ou présents et doit se renouveler dans cette lecture comparée, conduite avec pertinence, qui permettra de sortir définitivement l’héraldique et l’emblématique du carcan socio-historique dans lequel elle est trop longtemps resté figée.

    Laurent HABLOT, 6 janvier 2014
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  • Bibliographie

    De l’usage de l’héraldique

    - BOUYÉ É., « Les armoiries pontificales à la fin du XIIIe siècle : construction d’une campagne de communication », Médiévales, 44 (2003), p. 173-198.
    - COSS P., The Knight in Medieval England, 1000-1400, Stroud/Dover (N.H.), Alan Sutton, 1993.
    - NASSIET M., « Signes de parenté, signes de seigneurie : un système idéologique », Mémoires de la société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, t. 67 (1991), p. 176-232.
    - PASTOUREAU M., L’Art héraldique au Moyen Âge, Paris, Le Seuil, 2009.
    - POPOFF M., Bibliographie héraldique internationale, 2008, en ligne (http://sfhs.free.fr/documents/biblio_internationale.pdf).
    - Carnet hypothèse Heraldica Nova animé par Torsten Hiltmann (Junior professor. Université de Münster).

    Voir également la rubrique Héraldique et emblématique tenue par Laurent HABLOT.

    Laurent HABLOT, 6 janvier 2014
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