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Archéologie funéraire

  • Les premières traces archéologiques de comportements funéraires envers les défunts sont recensées dès 80 000 ans avant notre ère). L’étude de la variété des rites funéraires, qui se perpétuent à travers les âges, montre toute la diversité sociale et culturelle des populations et les évolutions de l’attitude des vivants face à la mort.

    Même s’il n’est pas récent, l’intérêt porté à l’archéologie de la mort, notamment aux pratiques funéraires, ne se dément pas depuis plusieurs dizaines d’années et atteste que ce domaine de recherche est particulièrement riche. Pour la période médiévale, quelques précurseurs, comme l’abbé Cochet (1812-1875) ou Édouard Salin (1885-1970), ont permis des avancées significatives dans la connaissance des tombes du haut Moyen Âge. Pendant longtemps, l’attention des archéologues lors de la fouille d’une nécropole ne s’est pas portée sur le défunt, mais bien davantage sur les structures architecturales de la tombe ou sur ce qui lui donnait une valeur particulière (le mobilier, les dépôts funéraires…).

    Depuis les années 1980, la situation a bien évolué, avec la fouille de grandes nécropoles et les nombreuses publications monographiques et d’ouvrages de synthèse sur les diverses thématiques funéraires qu’elle a engendrées ; mais c’est surtout l’essor d’une nouvelle discipline, initiée et développée par Henri Duday à partir de méthodes issues de la médecine légale, qui a renouvelé l’approche de l’archéologie funéraire : l’archéothanathologie (ou anthropologie dite « de terrain ») a ainsi permis de reconsidérer le défunt comme l’objet principal du débat.

    Réalisée par les vivants, l’inhumation du mort nous renseigne non seulement sur l’organisation du cimetière, sur la gestion des espaces funéraires, sur les manières d’inhumer les défunts, sur le mode de construction des sépultures, mais surtout sur les morts eux-mêmes et sur les vivants de cette société. Dans la plupart des cas, la tombe et son environnement sont en effet le conservatoire du souvenir et de la mémoire du défunt au sein de la communauté et constituent fréquemment les seules traces qui nous parviennent des rituels funéraires et des traditions sociales d’une société. L’étude des défunts peut également témoigner de l’importance religieuse ou sociale des inhumés de leur vivant. Toutes ces notions ne nous sont que faiblement perceptibles : la fouille d’une nécropole, même exhaustive, ne constitue qu’un éclairage imparfait des motivations spirituelles et culturelles réelles des vivants. Elle ne permet pas de restituer la totalité des comportements et des gestes funéraires, encore moins d’en reconstituer la pensée funéraire et les symboliques sociales qui lui sont rattachées. Les « rites funéraires » ne témoignent donc qu’indirectement des phases de stabilité ou d’évolutions culturelles dans ce domaine.

    D’un point de vue méthodologique, on tente, par exemple, à partir des traces tangibles (ou non) conservées dans le sol, de déterminer la qualité de construction et l’architecture de la tombe (fosse en pleine terre, en coffrage de bois, avec cercueil ou en caveau...), d’enregistrer l’importance du mobilier funéraire adjoint au défunt (vases funéraires, miroirs, peignes, objets du quotidien ou, au contraire, d’apparat…), des vestiges d’habillement (fibres de tissus, bijoux...) et de noter leur localisation (dans ou à proximité de la fosse, du squelette...), de reconnaître l’emplacement de la tombe dans le cimetière (sous les gouttières, le parvis, devant une entrée...) et son éventuelle signalisation au sol (dallage particulier, plate-tombe, présence ou non d’une pierre tombale, d’un cailloutis...). D’autre part, on essaie d’identifier la position du défunt au moment du dépôt (inhumation primaire ou secondaire ; sujet reposant sur le dos, sur le côté ; disposition des membres supérieurs le long du corps, avant-bras croisés sur la poitrine, sur l’abdomen, disposition des mains...), le mode de décomposition (en espace vide, semi-colmaté ou colmaté), la présence d’un linceul, de vêtements, etc.

    Pour obtenir une interprétation d’ensemble des pratiques funéraires, il faut également tenir compte des éventuelles interventions post-sépulcrales telles la réouverture des tombes, la réinhumation ou la réduction des corps qu’elles contenaient pour permettre un nouvel ensevelissement, l’exhumation complète des os pour les placer ensuite dans un autre lieu (par exemple dans une fosse commune). Les possibles perturbations taphonomiques doivent aussi être examinées tout comme les particularismes funéraires : association de plusieurs sujets dans une même tombe (inhumation simultanée), positions inhabituelles (ventrale, assise…), utilisation de matériel ou traitements particuliers des corps (momification, dépôt de vases funéraires, présence d’un linceul…).

    Le recueil de toutes ces informations dépend de plusieurs facteurs importants comme la qualité de la fouille, de l’enregistrement des données effectué sur le terrain (en fonction des priorités définies en début de fouille par l’archéologue et l’anthropologue), du mode de prélèvement des ossements et, bien entendu, du degré de conservation de ceux-ci. Ce dernier point est subordonné à la composition plus ou moins acide des sols, aux altérations physico-chimiques intervenant sur les os en fonction du milieu et des structures funéraires dans lesquelles se trouve placé le corps (sépulture en caisson calcaire, en cercueil, dans un caveau ; circulation d’air ou stagnation d’eau ; jet de chaux vive sur le défunt…) ou des rituels funéraires pratiqués au moment de l’inhumation (disposition du cadavre sur un pourrissoir, par exemple). Les éventuelles interventions survenues après le dépôt du corps dans la sépulture peuvent aussi altérer les os : remaniements post-sépulcraux, destruction partielle, voire totale, de la sépulture lors d’une réduction, d’un arasement du sol au cours d’un fossoyage du cimetière, d’une translation de sépultures…).

    D’autres biais existent : la population exhumée d’un cimetière lors d’une opération archéologique n’est pas réellement représentative de la population inhumée, des défunts initialement enterrés dans le cimetière pouvant avoir disparu (recoupement de fosses, mauvaise conservation osseuse, déplacement de sépulture…). Il est également nécessaire de distinguer la population inhumée de la population « inhumante », elle-même différente de la population vivante. Cette dernière est souvent bien plus importante et comprend des individus qui n’apparaissent pas parmi les défunts mis au jour (par exemple, certains conjoints, des parents peuvent être enterrés ailleurs…). De plus, la taille de la population exhumée est en général bien inférieure à celle de la population décédée : on sous-estime de façon constante le nombre des plus jeunes et des classes d’âges les plus élevées. La fouille d’un cimetière ne concerne donc souvent qu’un échantillon de la population vivante et peut ne fournir qu’une image biaisée des réalités sociales. En outre, il s’agit fréquemment d’études portant sur des populations urbaines ou semi-urbaines, ne représentant qu’un petit nombre de personnes en comparaison avec la majorité des populations qui, elles, étaient rurales.

    L’archéologie funéraire médiévale réunit divers champs d’études complémentaires les uns des autres et fait appel à toutes les sources d’information disponibles pour comprendre les croyances spirituelles et les pratiques funéraires d’une population, évaluer la nature de cette dernière ou déterminer les conditions de vie des échantillons populationnels exhumés. Cette discipline regroupe notamment l’analyse des sources textuelles (testaments, sources épigraphiques, etc.) ; les données archéologiques provenant de la fouille des nécropoles (localisation et détermination du type de cimetière, urbain ou rural), mais comprend aussi l’étude de la gestion des espaces sépulcraux (stratigraphie des fosses, datation du mobilier, modes d’inhumation, techniques d’élaboration et architecture de la tombe, matériaux employés) ; des pratiques funéraires (dépôt de mobilier, position du défunt, rituels funéraires, étude des mouvements taphonomiques des os inhérents à la décomposition du cadavre et du milieu dans lequel le défunt a été inhumé). Elle associe également les données issues des études anthropologiques menées ensuite en laboratoire (ostéométrie, paléodémographie, paléopathologie, analyse des regroupements familiaux ou des sectorisations éventuelles liées à des critères d’âge, de sexe ou de statut social du défunt…).

    La collaboration des différents acteurs participant à ces divers domaines de recherche se révèle donc absolument indispensable avant, pendant et après la fouille. Discussions et échanges préalables entre archéologues, anthropologues, historiens, médecins, etc. sont en effet tout à fait nécessaires pour améliorer l’interprétation d’un site et d’une population.

    Cette page comprend pour l’instant une sélection de quelques sites. Elle sera amenée à évoluer et à s’enrichir dans les prochaines semaines.

    Cécile de SERÉVILLE-NIEL, Vincent HINCKER, 21 septembre 2010 | 9 janvier 2014
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